L'image, c'est un grand gars large, engoncé dans un blouson de cuir prêt à imploser sous la tension de chansons anglaises qui flottent comme autant d'îles vierges, dont son semi-tube Aqualast interprété au piano. A l'Archiduc, près de la Bourse, Rover donne son premier concert belge, showcase solo d'une demi-heure, et il est affreusement sympathique. Tranchant sur la pochette de son mirifique album, où il pose en cadet d'Oscar Wilde ( lire la critique page 35). " J'aime le dandysme avec des bottes pleines de boue", explique-t-il ensuite, précisant qu'une identité "consiste à retrouver ses racines, ce qui n'est pas automatique lorsqu'on quitte son pays à l'âge de huit mois pour les Philippines". Là, sourire et Coca-Cola ...

L'image, c'est un grand gars large, engoncé dans un blouson de cuir prêt à imploser sous la tension de chansons anglaises qui flottent comme autant d'îles vierges, dont son semi-tube Aqualast interprété au piano. A l'Archiduc, près de la Bourse, Rover donne son premier concert belge, showcase solo d'une demi-heure, et il est affreusement sympathique. Tranchant sur la pochette de son mirifique album, où il pose en cadet d'Oscar Wilde ( lire la critique page 35). " J'aime le dandysme avec des bottes pleines de boue", explique-t-il ensuite, précisant qu'une identité "consiste à retrouver ses racines, ce qui n'est pas automatique lorsqu'on quitte son pays à l'âge de huit mois pour les Philippines". Là, sourire et Coca-Cola -le grizzly ne boit pas d'alcool- viennent télescoper une mélancolie alpestre, arc-boutée sur des sorcelleries organiques et une guitare affamée. Ce Français de 32 ans a un autre atout que sa bouille de biker sentimental: une voix soul blanche qui a déjà avalé plusieurs vies, boulimique de tout, des bons repas, de musiques et d'émotions, mot dangereux par son opacité commune mais qui lui va bien. " C'est bien pour cela que l'on fait de la musique, pour évoquer des émotions que l'on ne note pas. La bonne idée vient avant de manger, le matin au réveil, lorsqu'en demi-sommeil, on tente de régler dans l'urgence le devenir d'une chanson."Sur le trottoir devant l'Archiduc, clopeur en lunettes noires, il arbore plusieurs tronches en autant de minutes: serial rieur, yakusa en vacances, étudiant gangsta, rocker sobre. Si son visage voyage, c'est parce que Timothée Regnier l'a beaucoup fait. Philippines donc, Japon, et puis New York à sept ans. " Manhattan, d'abord à la 72e/Fourth puis à la 92e/Madison, cela a influencé mon physique et ma musique. Mes deux frères, mes parents et moi vivions un peu comme des expats dans un foyer confortable autour des disques de Dylan, des Beach Boys, des Beatles mais aussi de Bach et de Beethoven." Son premier choc, c'est le Jealous Guy de Lennon: la langue anglaise descend sur Timothée, elle intègre son ADN en y injectant une dose de spleen majeur. " Je suis parfaitement en confiance avec la tristesse et la mélancolie, mais je prends aussi le bonheur. Quand je suis parti en 2005 rejoindre mon frère qui travaillait à l'ambassade de France au Liban, je ne me doutais pas que je resterais plusieurs années à Beyrouth, avec une interruption pendant la guerre de 2006. J'y vivais avec peu d'argent, faisant toutes sortes de jobs, parcourant le Liban, la Syrie ou la Jordanie. " Dans la montagne libanaise, il passe par des magasins qui rouvrent après 20 ans de guerre et d'oubli: " Je tombais sur des Lacoste des années 70, c'était étrange. Et puis il y avait la nature, la campagne, très fortes, je ne suis pas un citadin." De retour du Moyen-Orient, le garçon élevé par un père amateur de voitures anglaises -Rover possède d'ailleurs une vieille Jaguar...- écrit moult chansons. Elles aboutissent à un premier album aux parfums organiques, à l'image de la pochette intérieure, photographiée en Alsace, où le chanteur affronte forêt, eau, brume dans un visuel à mi-chemin entre le romantisme allemand et le thriller Délivrance où une expédition amicale tourne gore. " Pas mal de choses ont été bouclées dans la maison familiale, dans les Côtes d'Armor, seul, et puis j'ai enregistré avec le producteur Samy Osta sur des bandes qui gardaient les accidents et les fantômes. On frôle parfois le kitsch seventies, le crooner mais, je l'espère, toujours avec élégance. Bon ou mauvais goût, c'est assumé." Alors, entre Paris, la Bretagne et Bruxelles -où vit sa copine belge-, Rover sent poindre le vent d'un possible succès, et savoure le moment où rien n'est encore certain mais tout reste possible: " C'est très émouvant de ressentir cela, j'essaie de ne pas m'enflammer (...). A La Maroquinerie à Paris, les gens chantaient les textes, j'étais bouleversé. Pour l'instant, je me nourris de cela..." l IL A GRANDI AUX PHILIPPINES ET AU JAPON, HABITÉ NEW YORK ET BEYROUTH, BAIGNÉ DANS BACH ET LES BEACH