" Quand un grand joueur apparaît, c'est comme un puits de pétrole. Il faut l'exploiter jusqu'à la dernière goutte." De ce genre de formule provocatrice qui claque comme un tir tendu en pleine lucarne, El Presidente, nouvelle série Amazon s'intéressant à la massive affaire de corruption qui est venue ternir l'image de la FIFA au printemps 2015, en est remplie jusqu'à la gueule. Produit par le réalisateur chilien Pablo Larraín ( Neruda, Jackie), écrit et en partie mis en scène par Armando Bó (le scénariste de Biutiful et de Birdman pour Alejandro González Iñárritu), cet ensemble de huit épis...

" Quand un grand joueur apparaît, c'est comme un puits de pétrole. Il faut l'exploiter jusqu'à la dernière goutte." De ce genre de formule provocatrice qui claque comme un tir tendu en pleine lucarne, El Presidente, nouvelle série Amazon s'intéressant à la massive affaire de corruption qui est venue ternir l'image de la FIFA au printemps 2015, en est remplie jusqu'à la gueule. Produit par le réalisateur chilien Pablo Larraín ( Neruda, Jackie), écrit et en partie mis en scène par Armando Bó (le scénariste de Biutiful et de Birdman pour Alejandro González Iñárritu), cet ensemble de huit épisodes à charge fait le choix de l'ironie et du sarcasme pour dresser le portrait peu amène -et c'est rien de le dire...- du monde des décideurs footballistiques, joyeusement dézingués sur le mode du jeu de massacre tragi-comique. Originalité présidant à l'objet: proposer une véritable plongée en apnée au coeur de cette hallucinante histoire de fraude et de racket à grande échelle à travers le point de vue méconnu du président de la fédération chilienne de football, Sergio Jadue (l'acteur Andrés Parra, assez parfait en arriviste tête de gland prêt à tout pour se faire une place au soleil). À sa suite, on découvre peu à peu les arcanes corrompus d'un sport-pompe à fric où les joueurs, adulés, ne sont au fond plus que les pions, remplaçables et jetables, du business immoralement juteux qui se trame en coulisses. De toute évidence, ce petit royaume de la plouquerie avide et décomplexée tourne beaucoup moins rond, en effet, que son emblématique ballon en cuir... Mouvements de caméra amples et opératiques, montage fun et rythmé aux accents clipesques, musique entraînante et omniprésente comme chez un Scorsese, attrait certain pour un bling-bling caustique à la Sorrentino, bruits de tiroir-caisse à répétition, chiffres et pognon cannibalisant l'écran tandis qu'on voyage en allers-retours constants sur la ligne du temps... Tout concourt ici à dépeindre la magnificence illusoire et turpide d'un milieu carnassier élevé en véritable empire du vice. Et le vert rectangulaire de ce maudit gazon où s'agitent les crampons de se confondre avec celui des liasses de dollars qui débordent des salons VIP. À l'arrivée, le constat, martelé, est sans appel, mais aussi sans guère de surprise: l'argent pourrit tout. Soit l'alpha et l'oméga d'une série qui cherche moins la (passe en) profondeur que le divertissement outré et assumé comme tel, jusque dans sa vulgarité caricaturée et ses petits arrangements "chic et choc" avec la vérité. " La partie la plus cérébrale du jeu, disait Pierre de Coubertin, demeure invisible; c'est donc que le muscle y sert d'écran à l'intelligence." Dans cette peu résistible saga bouffonne et grimaçante, il sert surtout d'écran à l'appétit bovin d'une joyeuse bande de margoulins. Affreux, sales et méchants.