A bien y réfléchir, c'est peut-être l'artiste qui correspond le mieux au festival bruxellois. Sur son dernier album, Gaëtan Roussel a mixé tout ce que les Nuits Bota proposent chaque printemps: du rock et de la chanson, de l'anglais et du français, des guitares et des gimmicks électroniques, des mélodies et du groove, ou encore des expériences et une ouverture grand public. Ouf!
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A bien y réfléchir, c'est peut-être l'artiste qui correspond le mieux au festival bruxellois. Sur son dernier album, Gaëtan Roussel a mixé tout ce que les Nuits Bota proposent chaque printemps: du rock et de la chanson, de l'anglais et du français, des guitares et des gimmicks électroniques, des mélodies et du groove, ou encore des expériences et une ouverture grand public. Ouf! Le disque en question s'appelle Ginger, et c'est une vraie réussite. Un exercice d'équilibriste dont la lisibilité pourrait faire oublier le risque pris, en l'occurrence, faire de la pop en français dans le texte... Roussel a déjà eu son lot de succès. Avec son groupe Louise Attaque d'abord -2,5 millions du premier album éponyme, sorti en 97. Avec Tarmac ensuite, qui, sans avoir réédité le carton de Louise Attaque, a ajouté de l'épaisseur et du relief au parcours du Parisien. Deux groupes pour une plume dont les services ont été utilisés ces dernières années par Vanessa Paradis (Il y a), Rachid Taha (Bonjour) et surtout Alain Bashung. C'est en bossant sur Bleu Pétrole que Roussel découvre qu'il y a une vie en dehors du collectif. "Ma culture musicale, elle est de groupe. En travaillant sur Bleu Pétrole, c'est la première fois que je me retrouvais en dehors de cette structure. Du coup, d'une certaine manière, cela a agi comme un sas de décompression avant d'arriver à un disque solo." Solo mais pas solitaire, comme il aime à le répéter. L'homme s'est en effet entouré de pas mal de monde. Gordon Gano des Violent Femmes est venu chanter, tout comme Renee Scroggins de ESG, le mythique groupe post-punk new-yorkais. A la production sont venus donner un coup de main des gens comme Julien Delfaud (Phoenix, Etienne de Crécy...) ou Tim Goldsworthy du label DFA. " Dès le début, Je savais que je ne voulais pas faire le disque dans mon coin. Un solo, cela peut se faire à plusieurs, sans pour autant remonter un groupe. Même si la dynamique de création s'en rapproche: je lance la balle, les autres me la renvoient... C'est comme ça que j'aime faire de la musique."Dans Inside/Outside, Gaëtan Roussel chante: "Que pourrait-il nous arriver si on cherchait à toujours tout retenir, si on restait là sans bouger?" Du coup, il s'est complètement laissé aller. Le plus épatant dans Ginger, c'est ainsi sa manière de repousser les lignes, de redessiner le périmètre de jeu de Gaëtan Roussel. " Ma première envie était de me décaler, confirme-t-il . Ne pas faire un album qui ressemble à ceux que je peux vivre en groupe. Je voulais me perdre un peu pour ce disque. Je me suis dit que c'est en étant déboussolé que j'arriverais peut-être à en être content, et à y mettre un peu de ce que j'aime dans les disques de Talking Heads, Big Audio Dynamite..." Le but n'est pas de lâcher le français - "il n'en a jamais été question" - mais d'arriver parfois à le faire "oublier": "J'avais envie qu'on puisse écouter les chansons sans forcément trop faire attention à ce que je raconte". D'où l'arrivée de l'anglais ici et là, et la profusion de gimmicks vocaux. L'idée n'est pas non plus de briser la mélodie, mais de ne pas la laisser seule aux commandes, qu'il reste encore de l'espace pour une matière plus épaisse et groovy. Raconte-t-on d'autres choses en adaptant le format? "Peut-être bien, oui. On s'oblige à écrire des phrases plus courtes. Souvent sous forme de questions d'ailleurs." Roussel n'a pourtant pas l'air de s'en être beaucoup posé pour concocter Ginger, disque qui semble couler de source, "Les morceaux devaient fonctionner par frottement, plus que par couleurs identiques. Après, ce genre de mélange devient presque banal. J'ai été voir Vampire Weekend récemment: pour le coup, eux sont complètement là-dedans. Et c'est super. Les étiquettes deviennent de plus en plus floues. Pour le bien de la musique, à mon avis. " On confirme. l Laurent Hoebrechts