En septembre 1991, quelques mois après la libération de Nelson Mandela, les principaux partis d'Afrique du Sud signaient un accord de paix qui allait mener à la fin de l'Apartheid. Le pays basculait. Et sa scène musicale avec lui. Un peu à l'instar de l'Allemagne réunifiée à la même époque sous le son de la techno, l'Afrique du Sud plongeait à son tour dans les musiques électroniques, mettant au point sa propre version de la house -le kwaito. Trente ans plus tard, l'un des tubes le plus viraux de 2020, Jerusalema, même s'il n'a pas grand-chose à voir avec les syncopes électro de Black Coffee, est encore signé par un DJ-producte...

En septembre 1991, quelques mois après la libération de Nelson Mandela, les principaux partis d'Afrique du Sud signaient un accord de paix qui allait mener à la fin de l'Apartheid. Le pays basculait. Et sa scène musicale avec lui. Un peu à l'instar de l'Allemagne réunifiée à la même époque sous le son de la techno, l'Afrique du Sud plongeait à son tour dans les musiques électroniques, mettant au point sa propre version de la house -le kwaito. Trente ans plus tard, l'un des tubes le plus viraux de 2020, Jerusalema, même s'il n'a pas grand-chose à voir avec les syncopes électro de Black Coffee, est encore signé par un DJ-producteur, Master KG... La marmite musicale sud-africaine ne se résume cependant pas à ce seul courant, loin s'en faut. Il y a quelques semaines, on évoquait par exemple dans ces mêmes pages la sortie de la compilation Indaba Is, centrée sur la nouvelle scène jazz de Johannesburg. Aujourd'hui, c'est le premier album d'Urban Village qui élargit encore un peu plus l'angle de vision. Basé à Soweto, le groupe a mis au point une formule qui allie l'ancien et le nouveau, greffant les traditions à une modernité pop aussi subtile que bienveillante. Né à la fin de l'Apartheid, Lerato Lichaba a pourtant aussi commencé comme DJ, fan de house. C'est en se baladant dans les rues de son quartier de Mzinthlope, qu'il tombe un jour sur un "ancien", jouant du maskandi, sorte de folk zulu amené là par les travailleurs migrants du KwaZulu-Natal. Soweto s'est bâti sur le mélange des populations venues de toutes les provinces pour bosser dans les mines, et "parquées" dans le township. C'est ce "village urbain" que Lerato va vouloir explorer, dans toute sa diversité musicale. Après être passé notamment dans les rangs des fous furieux de BCUC, il croise un jour Tubatsi Mpho Moloï. Lassé de son job à la banque, celui-ci saute sur l'occasion et s'investit dans le projet au point d'en devenir rapidement le principal chanteur et parolier. Le duo est encore rejoint par Xolani Mtshali aka "Cush", batteur formé à l'église, et le bassiste, Simangaliso Dlamini aka "Smash", le plus jeune de la bande. À quatre, ils brassent l'héritage musical sud-africain avec autant de respect que d'appétit, entre folk, rock, afropop et accents jazz. En ouverture, Izivunguvungu s'appuie sur les harmonies vocales typiques du chant isicathamiya, popularisé par Ladysmith Black Mambazo. Juste derrière, la basse ronflante de Dindi renvoie forcément au mbaqanga, que Paul Simon avait largement repris sur son carton Graceland. Sur le titre Marabi -du nom du style proche du ragtime développé dans les années 50-, Urban Village cite à la fois Dorothy Masuka, pionnière du genre, et The Lion Sleeps Tonight, sans doute le premier hit mondial sud-africain, repris aussi bien par Henri Salvador que REM. Le bouillon musical est évidemment aussi politique: Ubusuku revient par exemple sur les émeutes de 1976 à Soweto, tandis que Sakhisizwe prône l'unité d'une nation qui compte pas moins de 11 langues officielles. Il paraît qu' Undondolo veut dire "bâton de marche" en zulu. La balade proposée vaut en tout cas le détour.