Beau à s'en damner, Cyberpunk 2077 ouvrira cet automne son monde futuriste et sombre, bousculant les jeux inspirés de Blade Runner. Cette odyssée transhumaniste des créateurs de The Witcher 3: Wild Hunt s'affirme comme un événement majeur de 2020. Financée à près de 100 millions de dollars, cette production aux paysages dystopiques signée CD Projekt Red confirme que la Pologne est une superstar discrète du jeu vidéo, poussant ce dernier vers la maturité depuis plus de dix ans. Un sacre inesp...

Beau à s'en damner, Cyberpunk 2077 ouvrira cet automne son monde futuriste et sombre, bousculant les jeux inspirés de Blade Runner. Cette odyssée transhumaniste des créateurs de The Witcher 3: Wild Hunt s'affirme comme un événement majeur de 2020. Financée à près de 100 millions de dollars, cette production aux paysages dystopiques signée CD Projekt Red confirme que la Pologne est une superstar discrète du jeu vidéo, poussant ce dernier vers la maturité depuis plus de dix ans. Un sacre inespéré pour cet ex-pays de l'Est, privé de gaming dans les années 80. En Pologne, à l'époque, le déclin du communisme et la porosité croissante de la frontière ouest-allemande ont permis l'importation, en douce, de micro-ordinateurs et de jeux PC. La propriété intellectuelle n'y avait pas cours. Et à Varsovie et Cracovie, des marchés à ciel ouvert écoulaient des jeux piratés en toute quiétude. Parmi ce petit monde figuraient Marcin Iwinski et Micha? Kicinski. Plus futés que d'autres, ils se sont lancés dans l'édition lorsque la loi sur le copyright s'est duricie en 1994. De fil en aiguille, CD Projekt Red, leur structure, a accepté des dizaines de petits jobs, a grossi et a fini par développer il y a cinq ans l'énorme The Witcher 3, un open world transmédia qui a converti Obama, des libraires et Netflix. The Witcher surplombe aujourd'hui un paysage polonais tapissé de 400 studios. Signe distinctif? Une part inhabituelle d'entre eux marie productions commerciales haut de gamme et commentaire politico-social. Récemment, Weedcraft Inc documentait ainsi la légalisation du cannabis aux USA tandis que Frostpunk se gelait entre réfugiés et totalitarisme. Selon plusieurs créateurs polonais, ce regard lucide et désabusé s'expliquerait notamment par la balafre que la Seconde Guerre mondiale a infligé au pays (10% de Varsovie sont restés debout après le conflit armé). This War of Mine, de 11 Bits Studio, a d'ailleurs changé le regard que porte le gaming sur la guerre, tandis qu'un des chapitres de The Witcher 3 faisait planer l'ombre de la Shoah. Dure à la tâche, la Pologne du jeu vidéo se détend aussi très souvent. La très bonne surprise de la récente adaptation de Blair Witch ou encore les danses du sabre bigarrées du prochain Shadow Warrior 3 en témoignent. Autant de revanches jubilatoires pour une génération de développeurs qui n'a pas pu grandir avec la NES et la Master System.