"Je n'ai jamais eu une voix qui me permettait de reprendre Madonna. La mienne est plutôt dans le registre de Dominique A. Quand je l'ai découvert, vers l'âge de 19 ans, j'ai trouvé un allié. Là où Nirvana m'avait donné, ado, envie d'empoigner une guitare, il m'a motivé à m'exprimer avec une voix que je dirais modeste mais qui faisait corps avec ma musique."
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"Je n'ai jamais eu une voix qui me permettait de reprendre Madonna. La mienne est plutôt dans le registre de Dominique A. Quand je l'ai découvert, vers l'âge de 19 ans, j'ai trouvé un allié. Là où Nirvana m'avait donné, ado, envie d'empoigner une guitare, il m'a motivé à m'exprimer avec une voix que je dirais modeste mais qui faisait corps avec ma musique." Tout en prenant son petit-déjeuner dans un hôtel art nouveau de Bruxelles, François Marry se raconte. Il se souvient de son arrivée, en 2003, à Bristol, comme assistant d'un prof de français, de son boulot dans un ancien ciné transformé en petite salle de concerts, de sa rencontre déterminante avec les Camera Obscura. Il parle de l'artisanat, de l'Angleterre démerdarde, de la guitare d'Ali Farka Toure qui le fait voyager et de Françoiz Breut qui chante sur son nouveau disque... Il évoque aussi Boris Vian, Kafka et Jim Harrison, un vieil homme solitaire qui aime les femmes et lui rappelle un peu Camus. Puis, bavard et franc, avoue détester la musique de Brel et Brassens, "vieillots", avoir été gonflé par Noir Désir, " trop revendicatif", et être passé à côté de Miossec. Grâce à un petit coup de pouce de Stephen McRobbie des Pastels (secret un peu trop bien gardé de Glasgow) qui a remis son disque dans les mains du label, François est le premier Français signé sur Domino. " C'est flatteur. J'espère qu'il y en aura d'autres. Je ne suis pas l'archétype de cette maison de disques mais elle a un catalogue tellement vaste maintenant. De Tricky à Robert Wyatt en passant par Animal Collective et les Arctic Monkeys." E Volo Love, sur lequel a travaillé Jean-Paul Romann, producteur de Tinariwen, sent le soleil et surtout l'Afrique. Son esprit, ses guitares, ses percussions ont communiqué à François le plaisir du rythme, de la joie dans la musique. Le garçon a néanmoins enregistré dans la ville où il a grandi, à Saintes, dans une chapelle aménagée par la municipalité. Plus que par son aspect spirituel, il a été attiré par le calme du lieu, l'apaisement qui y règne. " Selon la légende, la cathédrale d'à côté a été construite par des bâtisseurs qui avaient des connaissances telluriques et construisaient sur des failles qui transmettaient une énergie magnétique entre le centre de la terre et les étoiles. Energie qui apparemment procurerait le bien-être." François n'en a pas pour autant abandonné la "bedroom pop". L'artisanat de chambre. " Tous les gens, dans tous les corps de métiers, ont des révélations quand ils sont seuls et tranquilles chez eux, dans leur lit, leur transat, leur baignoire... C'est important que la musique n'appartienne pas seulement aux studios musicaux, à l'industrie. Qu'elle soit une matière vécue." Musicien, François Marry est aussi aquarelliste. Il a même tourné quelques courts métrages d'animation lo-fi à partir de ses dessins pour les clips de Be Water et Hold on twice. " J'ai peint toutes les aquarelles à la main. Pour deux minutes de film, tu as besoin d'environ 1000 dessins. Ça prend des mois mais c'est un vrai aboutissement artistique. Ça représente ma personnalité. Aide à comprendre mon univers." Le Français n'a cette fois pas utilisé une de ses illustrations comme pochette de disque. " J'avais envie d'enregistrer un album plus pop et dans ma tête, la pochette d'un album pop, il faut une photo dessus." Celle d' E Volo Love a été prise sur la plage de l'île d'Oleron, en Charente-Maritime. Elle représente Icare qui aurait fait un vol de nuit, se serait crashé sur les dunes et se réveillerait de bon matin, éberlué. " J'ai passé beaucoup de temps là-bas quand j'étais plus jeune. J'y dormais souvent avec un feu et un sac de couchage. Et j'émergeais dans cet état-là, l'air un peu ahuri. J'aimerais enregistrer un troisième album dans cette région qui est assez aquatique avec sa mer et ses rivières." Aquatique, la musique de Fránçois & the Atlas Mountains l'est aussi. Marry avait d'ailleurs intitulé son disque précédent Plaine Inondable. " Ça me va comme qualificatif. C'est une musique qui lave. Une musique dans laquelle tu peux te baigner, flotter." On vous recommande, nous, de vous y noyer. LE 12/05 À LA ROTONDE, LE 08/07 AUX ARDENTES ET LE 14/07 À DOUR. TEXTE JULIEN BROQUET