Stromae
...

Stromae DISTRIBUÉ PAR SONY. 7 Après une tournée qui l'a occupé près de deux ans, Stromae met un point final au chapitre Racine carrée avec le DVD live de circonstance. Il était attendu, vu les chiffres de vente astronomiques de l'album et le succès jamais démenti de la tournée. Vu aussi le caractère "historique" que celle-ci a pu prendre, égrenant les dates non seulement en Europe, mais aussi en Afrique, en Amérique du Sud (le Brésil) et du Nord (dont le fameux sold out au Madison Square Garden de New York). C'est d'ailleurs de l'autre côté de l'Atlantique que Stromae et sa troupe ont décidé d'enregistrer leur live: lors des concerts des 28 et 29 septembre derniers au Centre Bell de Montréal. Une manière sans doute d'appuyer l'universalité du projet, tout en rappelant son identité francophone. Ceux qui ont pu assister au spectacle (et ils sont un paquet en Belgique, que ce soit lors des trois dates à Forest, les trois autres au Palais 12, celles à Werchter, Spa...) connaissent déjà la trame du concert. Elle n'a (quasi) pas évolué tout au long de la tournée. C'est le lot des grosses machines, scénario hyperrodé qui trace sur des rails. Dans le cas de Stromae, il faut toutefois redire à quel point le résultat est impressionnant, bluffant même, avec sa scénographie bien huilée mais jamais désincarnée. Dès sa première tournée, le Bruxellois avait montré qu'il y avait moyen de présenter un show qui soit aussi simple qu'inventif. Avec Racine carrée, il a pu pousser le spectacle encore plus loin. Pas question ici d'effets pyrotechniques délirants ou de gimmicks pétaradants. Au lieu de ça, Stromae pratique l'épure, adepte d'une certaine ligne claire -lui, dans le rôle d'un Tintin métisse, ses musiciens dans celui des Dupont (Simon Lesaint, Yoshi Masuda, Florian Rossi, et Emmanuel Avgoustinatos, tous coiffés d'un melon). Sur des morceaux comme Humain à l'eau ou Carmen, l'effet est maximal, usant de vidéos hyperstylisées pour convoquer une armée de danseurs. C'est éminemment graphique, foutrement élégant. Derrière l'artifice et les tics eurodance de l'entertainer, Stromae le chanteur rappelle surtout l'évidence de sa musique, prolongeant Papaoutai en rumba congolaise, jouant parfaitement de toutes les nuances douces-amères d'Ave Cesaria. Tout cela, le DVD le retransmet de manière assez sobre et fidèle. La seule surprise finalement, étant qu'il n'y en ait pas... Etonnant pour quelqu'un qui a pourtant passé son temps à la créer. Aucun bonus ni images de coulisses à visionner ici: l'objet s'en tient au strict minimum. On aurait aimé par exemple voir des extraits de la "conquête de l'Ouest" américain ou des échos des concerts ô combien symboliques au Rwanda et en RDC. Le chanteur vient de vivre deux années marquantes, et le témoignage qui en ressort reste finalement assez banal. A la limite, Stromae aurait pu se contenter de glisser les clips réalisés pour sept des douze titres de Racine carrée. Ils sont tous visionnables sur YouTube? En effet, comme cette captation live, lâchée sur le Net, quelques jours à peine avant sa mise en rayon. Comme une manière supplémentaire de banaliser l'exercice... LAURENT HOEBRECHTS