Artiste et fondatrice de l'excellente biennale d'Enghien, Myriam Louyest a été sollicitée par la Maison des Arts de Schaerbeek pour signer une proposition au départ de la collection communale. L'idée est féconde, qui permet de croiser des oeuvres amassées depuis le XIXe siècle et un regard sensible posé tant sur le monde d'aujourd'hui que sur la création contemporaine. Dès le hall, le visiteur comprend qu'il n'est pas venu ici pour rien. Accueilli par deux imposants portraits royaux -on n'est pas loin de la grandeur nature-, signés Dirk Braeckman, l'oeil se met immédiatement au diapason d'une tonalité tout en retenue -on pouvait s'y attendre, si portrait il y a c'est un portrait qui ouvre sur une autre dimension, un aperçu métaphorique qui raconte l'intérieur plus que l'extérieur. On boucle donc sa ceinture pour un voyage au centre du for intérieur. Celui-ci est d'autant plus efficace qu'il est égrené au fil de plusieurs pièces qui contribuent à planter le décor. Dans la première salle, le petit salon, on découvre une étrange "photo de groupe". Il s'agit en réalité d'une série de bustes sculptés dont la vertu principale est de faire mesurer la variété des attitudes et des matériaux. Un "Mignon", un buste de femme, Léopold II, Eugène Dailly... Autant de regards qui criblent l'espace. L'un d'entre eux retient l'attention, il s'agit de l'hommage d'un fils, Godefroid Devreese (1861-1941), à son père, Constant Devreese. La figure paternelle est représentée avec de la glaise entre les mains. Le tribut est beau, qui parle de transmission et de rêves traversant les générations. Dans la salle à manger, la commissaire s'est fait plaisir, consacrant ce décor à l'enfance, un joli retour du refoulé quand on sait que les moeurs bourgeoises de l'époque, celles de la construction de la maison, écartaient les têtes blondes de la table. Un jeune archer en grisaille d'Hans Op de Beeck y menace le ventre radieux d'un môme sublimé par l'objectif de Tom Callemin. Le dialogue parle d'ombre et de lumière, de force et fragilité.

Magie du zoom

Au même niveau, c'est cette fois le grand salon qui arrête le visiteur. Il s'agit d'une vidéo de seize minutes que l'on doit à David Claerbout. À nos yeux, il s'agit de l'oeuvre phare du parcours en ce qu'elle amorce et désamorce la question du portrait. Au départ d'une anodine photo de classe en noir et blanc du siècle passé -une trentaine d'élèves plus ou moins sérieux autour d'un prêtre en soutane-, Claerbout s'amuse du storytelling médiatique à travers l'utilisation systématique du zoom. Couplé à une musique dramatisante, le thème de La Liste de Schindler composé par John Williams, le mouvement de caméra en question suggère un destin exceptionnel à chaque visage dont il se rapproche. Redoutablement efficace, cette mécanique montre combien nous sommes facilement manipulables, émotionnellement parlant. Le moindre sourcil, la plus petite paire de lunettes, n'importe quelle grimace ouvre la porte à cette lecture erronée dont nous semblons avoir tellement besoin. La présence de cette oeuvre prouve une approche curatoriale avisée: il n'est pas question de berner qui que ce soit. Et l'étage? Il réserve de belles surprises, tout comme la bibliothèque dans laquelle Evelyne de Behr livre une interprétation passionnante du thème "une chambre à soi" tel que l'a développé Virginia Woolf.

Who Are You?

Exposition collective, Maison des Arts de Schaerbeek, 147 chaussée de Haecht, à schaerbeek. Jusqu'au 01/12.

www.lamaisondesarts.be