Les guerres de religion, avec leur lot d'atrocités, ne datent pas d'hier. Mélangés aux désirs européens d'expansion, de découverte du monde -autrement dit de colonialisme- et de puissance qui animaient le XVIe siècle, ces conflits ont donné à la Renaissance "humaniste" une couleur rouge sang que l'époque contemporaine nous a fait quelque peu oublier. Jean Dytar, grand amateur de l'histoi...

Les guerres de religion, avec leur lot d'atrocités, ne datent pas d'hier. Mélangés aux désirs européens d'expansion, de découverte du monde -autrement dit de colonialisme- et de puissance qui animaient le XVIe siècle, ces conflits ont donné à la Renaissance "humaniste" une couleur rouge sang que l'époque contemporaine nous a fait quelque peu oublier. Jean Dytar, grand amateur de l'histoire avec un grand H, nous le rappelle. Ce récit véridique se situe à Londres, sous le règne de Marie Tudor, dans le foyer d'un couple de Français huguenots à qui l'on vient annoncer le massacre de la Saint-Barthélémy. Lui est un ancien cartographe mutique reconverti dans le dessin de fleurs (qu'il déteste par ailleurs), elle s'occupe des enfants mais rêve de voyages et d'aventures; son père étant lui-même cartographe, elle a vu défiler dans la maison de nombreux explorateurs. Et voilà que de nobles Anglais viennent solliciter son mari pour une traversée de l'océan, direction le Nouveau Monde. Il avait fait partie dans son jeune temps d'une mission d'exploration des côtes actuelles de la Floride en vue de contrer les catholiques espagnols sur les terres américaines. Mais l'expérience l'avait traumatisé et il ne veut plus en entendre parler... Jean Dytar est un auteur caméléon. Il s'immerge d'habitude remarquablement dans l'univers qu'il décrit, adoptant à la manière d'un exercice de style la technique de l'enluminure persane pour Le Sourire des marionnettes, ou la perspective balbutiante pour La Vision de Bacchus. Malheureusement, pour Florida, il n'a pas fait ce choix et c'est un peu dommage. En outre, par souci de véracité, Dytar reste trop fidèle à la réalité, dont l'action n'est pas particulièrement trépidante. On retiendra toutefois un récit historique très documenté, animé par un personnage dont l'humanisme et la curiosité de l'autre ne collaient pas à une époque de conquêtes sauvages.