Il régnait sur la dernière compétition cannoise un parfum morbide, constat illustré par la sortie en DVD de deux films marquants de cette édition 2017, The Killing of a Sacred Deer, premier film américain du cinéaste grec Yórgos Lánthimos, reparti avec le Prix du scénario, et Happy End, dernier essai du maître autrichien Michael Haneke . Lánthimos s'est fait depuis Dogtooth, le film qui le révélait internationalement en 2009, le chantre d'un cinéma résolument grinçant. Empruntant largement au mythe d'Iphigénie, d'Euripide, Mise à mort du cerf sacré ne déroge pa...

Il régnait sur la dernière compétition cannoise un parfum morbide, constat illustré par la sortie en DVD de deux films marquants de cette édition 2017, The Killing of a Sacred Deer, premier film américain du cinéaste grec Yórgos Lánthimos, reparti avec le Prix du scénario, et Happy End, dernier essai du maître autrichien Michael Haneke . Lánthimos s'est fait depuis Dogtooth, le film qui le révélait internationalement en 2009, le chantre d'un cinéma résolument grinçant. Empruntant largement au mythe d'Iphigénie, d'Euripide, Mise à mort du cerf sacré ne déroge pas à la règle, qui s'immisce dans l'intimité d'une famille dont le bonheur semble ne pas devoir se discuter: Steven (Colin Farrell), le père, un cardiologue réputé, Anna (Nicole Kidman), la mère, une ophtalmologue respectée, et leurs deux enfants, Kim (Rafey Cassidy), 14 ans, et Bob (Sunny Suljic), 12 ans. Apparences qui vacillent toutefois, lorsque Martin (Barry Keoghan), un ado que Steven a pris sous son aile, s'immisce dans le cénacle familial, sa présence envahissante se faisant bientôt menaçante -au risque de faire imploser cet univers comme anesthésié. Lánthimos n'a pas son équivalent pour instiller le malaise par une mise en scène froide et affectée où des personnages raides débitent d'une voix monocorde leurs inanités quotidiennes. Un dispositif qui, s'il tend quelque peu à la formule, n'en produit pas moins un effet saisissant, mise à nu rigoureuse et systématique dont personne ne sort intact, ni les protagonistes, ni les spectateurs. Fort. Autre cinéaste moraliste passé maître dans l'art de disséquer le théâtre de nos existences égoïstes, Michael Haneke livre, avec Happy End, sa version des Bourgeois de Calais. Soit les Laurent, une famille dysfonctionnelle d'industriels du Nord, dominée par un patriarche grincheux pressé d'en finir (Jean-Louis Trintignant) et ayant laissé à sa fille Anne (Isabelle Huppert) le soin de gérer leurs affaires; aréopage où l'on retrouve encore Thomas (Matthieu Kassovitz), frère de la précédente, Eve (Fantine Harduin), sa nièce, et Pierre (Franz Rogowski), son fils révolté -tous trop accaparés par leurs petites histoires pour s'arrêter à la marche du monde, ces migrants par exemple, qui entrent subrepticement dans le champ. Sans se départir de sa rigueur clinique, Haneke a perdu en tranchant ce qu'il a gagné en humour, et le film, une synthèse de son cinéma, semble correspondre à une fin de cycle -impression confortée par le fait que le réalisateur autrichien s'attelle désormais à la création d'une série, Kelvin's Book. Intéressant making of en bonus.