Dans sa très tendre analyse du film offerte en bonus DVD, Jacques Morice, critique de cinéma au magazine Télérama, parle d'abord de La femme qui s'est enfuie comme d'un " film très simple, presque insignifiant". C'est dans ce " presque" que se concentre au fond tout l'enjeu du 24e long métrage du singulièrement prolifique réalisateur sud-coréen Hong Sang-soo ( Le jour où le cochon est tombé dans le puits, Un jour avec, un jour sans). Empreint d'un grand naturel et d'une épure totale, le film accompagne une femme, Gam-hee, dont le mari est parti en voyage d'affa...

Dans sa très tendre analyse du film offerte en bonus DVD, Jacques Morice, critique de cinéma au magazine Télérama, parle d'abord de La femme qui s'est enfuie comme d'un " film très simple, presque insignifiant". C'est dans ce " presque" que se concentre au fond tout l'enjeu du 24e long métrage du singulièrement prolifique réalisateur sud-coréen Hong Sang-soo ( Le jour où le cochon est tombé dans le puits, Un jour avec, un jour sans). Empreint d'un grand naturel et d'une épure totale, le film accompagne une femme, Gam-hee, dont le mari est parti en voyage d'affaires. Durant son absence, elle rend visite à trois de ses anciennes amies. Ensemble, elles parlent de choses somme toute assez banales, souvent complètement anecdotiques même, en lien avec leur vie de tous les jours. Mais, peu à peu, s'opère un glissement presque imperceptible qui les amène sur le terrain de confidences plus personnelles, d'où semble se dégager ce qui pourrait bien être le vrai sujet du film: l'amour et ses incertitudes. La trivialité du quotidien s'invite avec grâce et douceur au sein de cette étonnante comédie dramatique quasiment confinée où se dessine tout de même, en filigrane, l'idée d'un ailleurs, d'une fenêtre ouverte sur le monde. L'idée d'une certaine liberté, en somme. Et même la tentation d'une fuite, peut-être. Cinéaste héritier de Rohmer, Hong Sang-soo semble puiser chez Tchekhov son art suprême du non-dit, lové au creux d'un regard ou d'un geste. Sa Femme qui s'est enfuie n'a d'abord -littéralement- l'air de rien, puis gagne peu à peu en épaisseur, et même en étrangeté. Sans oublier cette ironie faussement nonchalante qui semble contaminer jusqu'à sa mise en scène. C'est que le Sud- Coréen convoque ici un langage formel qui lui est propre et qu'on connaît bien, une grammaire cinématographique bien spécifique faite de zooms et de dézooms soudains notamment. Privilégiant les plans longs, il inscrit en leur coeur des mouvements de caméra volontairement "visibles" qui amusent ou désarçonnent, quand ils ne suggèrent pas un sens plus profond qui affleure sans forcément toujours dire son nom. Il y a quelque chose de presque "ophulsien", au fond, dans cette ronde de personnages qui s'achève, forcément a-t-on envie d'écrire, dans un cinéma. Comme si le film et ses écrans suggéraient aussi une dimension "méta". On pourrait sans doute multiplier les visions de La femme qui s'est enfuie et y déceler à chaque fois un éclairage nouveau, un reflet caché jusque-là, une clé qui ne s'y trouvait pas. C'est toute la vertu de l'art, discret et concis, de Hong Sang-soo qui, avec cette nouvelle étude de moeurs, signe, sans jamais avoir l'air d'y toucher, un savoureux pied de nez sibyllin, tout en délicatesse.