"Les femmes qui écrivent vivent-elles dangereusement? Certaines d'entre elles -pour qui l'écriture nécessite solitude, rupture du lien social, repli dans un cercle familial choisi, souffrances intérieures exacerbées, corps négligé, mais cerveau en ébullition- manquent de pitié pour elles-mêmes, meurent jeunes, en pleine lucidité, faisant face aux terreurs suprêmes." Les femmes qui écrivent cultivent-elles un nécessaire sens du danger? Flirtent-elles davantage que les autres avec le soufre, les extrêmes e...

"Les femmes qui écrivent vivent-elles dangereusement? Certaines d'entre elles -pour qui l'écriture nécessite solitude, rupture du lien social, repli dans un cercle familial choisi, souffrances intérieures exacerbées, corps négligé, mais cerveau en ébullition- manquent de pitié pour elles-mêmes, meurent jeunes, en pleine lucidité, faisant face aux terreurs suprêmes." Les femmes qui écrivent cultivent-elles un nécessaire sens du danger? Flirtent-elles davantage que les autres avec le soufre, les extrêmes et l'interdit pour y puiser matière à penser, à fictionnaliser? C'était la thèse de l'écrivain et journaliste Laure Adler dans un beau livre publié il y a quelques années (Les femmes qui écrivent vivent dangereusement, éd. Flammarion). Le sujet, loin d'être clos, inspire aujourd'hui un événement (quasi) éponyme réjouissant à Bruxelles. Conçu à huit mains (Flagey, la Cinematek, le Centre du Film sur l'Art et le Réseau Kalame), le panorama entend rouvrir la question: qu'en est-il de cette relation passionnelle et singulière des femmes à l'écriture? Conquise de haute lutte (relire Une chambre à soi de Virginia Woolf), l'écriture au féminin s'est régulièrement incarnée dans des figures pionnières, fulgurantes, justicières. Créatures fatales et écrivains puissantes, Grisélidis Réal, Marguerite Duras, Simone de Beauvoir ou Violette Leduc ont su profondément bouleverser la donne de la féminité dans l'écriture, et faire craquer le vernis de la domination masculine sur le texte. Leurs profils seront donc logiquement conviés lors de ces trois journées thématiques, déclinées en lectures, ateliers d'écriture et conférences. Mais l'image ne sera pas en reste, puisqu'on y projettera une poignée de documentaires rares, pénétrant ici l'intimité d'un atelier d'écriture (le culte Les Lieux de Marguerite Duras de Michelle Porte), là le parcours biographique d'une penseuse qui a tout changé (Simone de Beauvoir: on ne naît pas femme de Virginie Linhart), avant de laisser place à l'écriture, filmique cette fois, de Duras, raccrochant là une rétrospective consacrée tout l'été à la réalisatrice par la Cinematek (Hiroshima mon amour, Détruire, dit-elle, Nathalie Granger). Autant de rendez-vous réflexifs, nourris et captivants sur des questions d'imaginaires, de genres, de transgressions et de libertés. Les femmes qui écrivent vivent dangereusement... Et vous? LES FEMMES QUI ÉCRIVENT SONT(-ELLES) DANGEREUSES (?). FEMMES, LITTÉRATURES, ÉCRITURES LES 19, 20 ET 21/06, LIEUX DIVERS. INFOS: FLAGEY.BE, CINEMATEK.BE. YSALINE PARISIS