Quel autre endroit que E2/Sterput, cette "galerie mutante" bruxelloise, pouvait accueillir le travail à quatre mains -voire plus, manipulation génétique oblige- de Silio Durt et Manon Bara? Aucun, pour une fois le contenant est à la mesure du contenu. Couple à la scène comme à la ville dont les oeuvres effervescentes respectives s'écrivent entre second degré et drame, Durt et Bara ont vu leur vie transformée par un heureux événement: ...

Quel autre endroit que E2/Sterput, cette "galerie mutante" bruxelloise, pouvait accueillir le travail à quatre mains -voire plus, manipulation génétique oblige- de Silio Durt et Manon Bara? Aucun, pour une fois le contenant est à la mesure du contenu. Couple à la scène comme à la ville dont les oeuvres effervescentes respectives s'écrivent entre second degré et drame, Durt et Bara ont vu leur vie transformée par un heureux événement: l'arrivée de jumeaux. Aussi bouleversante qu'elle soit, la naissance ne pouvait que renvoyer les deux intéressés à une évidence déjà pointée qui veut ce duo forme une cellule gémellaire artistique au programme de laquelle on trouve explosion de couleurs et décharge créative... Cela même si dans leur cas on parlera plutôt de "faux jumeaux". Cette homologie débouche aujourd'hui sur une exposition foisonnante, du rez-de-chaussée à la cave, dans laquelle le tandem donne à voir quelque 200 oeuvres -toiles, sculptures, dessins, pastels... Plusieurs séries sont à découvrir qui ont été façonnées par le schème du double, la pater-maternité et par la puissance des mots. Ainsi de People's Incest, suite de portraits à travers laquelle ils ont laissé libre cours à leur imagination en pointant les mimétismes à l'oeuvre chez les stars. On connaît l'hydre "Brangelina", mais on n'a rien vu tant qu'on n'a pas été placé devant le Stongo de Silio Durt, progéniture née de la rencontre entre Sting et Bono. Il y a aussi leur Dynamusée, version soldée du musée tel qu'on le connaît; leurs calendriers routiers revisités; Siamoisis, un imagier bègue faisant place à des objets doubles façon "marteauteau" et autre "tothochet"; ainsi que les Visages de l'effroi, représentations de manifestants blessés et profils de politiciens à bourrelets. À la cave, il ne faut pas rater le "Salon des refusés" qui exhibe portraits à la laque, peintures de couches usagées, voire toiles "monochrotes". Le tout pour un accrochage aussi cohérent et baveux que jubilatoire, prouvant que devenir parents, ce n'est pas forcément souscrire à une épargne-pension.