Artiste iranienne de 34 ans installée aux États-Unis, Fatemeh Baigmoradi a quitté son pays en 2012. Elle y a obtenu un diplôme, un "Master of Arts" en photographie. Hantée par les fantômes de son passé, la jeune femme s'est servie d'un épisode marquant de son histoire....

Artiste iranienne de 34 ans installée aux États-Unis, Fatemeh Baigmoradi a quitté son pays en 2012. Elle y a obtenu un diplôme, un "Master of Arts" en photographie. Hantée par les fantômes de son passé, la jeune femme s'est servie d'un épisode marquant de son histoire. Afin de ne pas compromettre sa famille après la révolution islamique, son père décide de brûler tous les clichés susceptibles de froisser la morale chatouilleuse des sbires religieux. Cette décision à la fois salvatrice et d'une incroyable violence va orienter Baigmoradi dans sa pratique: elle acquiert des photos-souvenirs d'autres familles et les fait se consumer partiellement. La plupart du temps, elle brûle les visages comme pour en préserver l'anonymat. Sur son site, la section It's hard to kill montre brillamment les contours de cette démarche infusée à la perte et à la douleur. Au regard des images, le curieux découvre des petits pots de verre qui enferment les cendres des images détruites. Le détail n'est pas anodin, qui dit l'espoir de la reconstruction, l'attente d'un retour chez soi. Mais on peut également les comprendre comme autant de pièces à conviction. On ne rate pas non plus une série comme As a Foreigner (2014), qui dit l'impossibilité de s'inscrire pleinement dans un paysage qui n'est pas celui où l'on a grandi.