J'étais autant, si pas plus, un jeune homme de cinéma que de littérature. J'ai beaucoup lu, certes, mais j'ai surtout dévoré des films, se souvient Marc Dugain. Aujourd'hui encore, j'en vois au moins 7 par semaine. Si j'ai commencé par écrire, je dirais presque que c'est par économie, car il ne faut qu'une feuille de papier. Mais l'idée du cinéma était déjà très présente. Quand j'ai écrit mon premier roman, La Chambre des officiers, j'ai même d'abord hésité en me demandant si je n'écrirais pas plutôt un scénario de film. Finalement j'ai choisi la forme littéraire en me disant qu'on verrait bien après... "...

J'étais autant, si pas plus, un jeune homme de cinéma que de littérature. J'ai beaucoup lu, certes, mais j'ai surtout dévoré des films, se souvient Marc Dugain. Aujourd'hui encore, j'en vois au moins 7 par semaine. Si j'ai commencé par écrire, je dirais presque que c'est par économie, car il ne faut qu'une feuille de papier. Mais l'idée du cinéma était déjà très présente. Quand j'ai écrit mon premier roman, La Chambre des officiers, j'ai même d'abord hésité en me demandant si je n'écrirais pas plutôt un scénario de film. Finalement j'ai choisi la forme littéraire en me disant qu'on verrait bien après... " On a vu, en effet. D'abord le roman sur les "gueules cassées" de la guerre 1914-1918 remporter de nombreux prix et devenir un succès de librairie. Et ensuite son adaptation à l'écran par François Dupeyron devenir un bon film. "Je ne ferais peut-être pas la même chose, mais je ne ferais pas mieux", déclare aujourd'hui le romancier passé derrière la caméra en commentant le travail de Dupeyron. Marc Dugain poursuivit donc dans la voie des lettres, tout en nourrissant ses rêves de cinéma. La rencontre du producteur Jean-Louis Livi, "un homme extrêmement hardi", lui a permis de les concrétiser. "Il m'a dit que cette histoire de Staline et de la doctoresse qu'il envoie chercher pour soulager ses maux se prêtait bien à une transposition cinématographique. Et dans la foulée, il m'a demandé si je ne voulais pas le réaliser moi-même. J'avais l'expérience de la direction d'une équipe avec mon entreprise (1) , et j'écris mes livres de manière assez visuelle, ce qui poussait Livi à me faire confiance", explique le désormais réalisateur d' Une exécution ordinaire. Très enthousiaste d'une opportunité reçue sur le tard ( "Je n'ai plus 20 ans!", dit Dugain, qui en a en effet déjà 53...), le néophyte s'est mis au travail avec un budget "raisonnable" et deux priorités en tête. "Il fallait d'abord trouver un acteur qui puisse ressembler à Staline. Je n'en voyais que deux: André Dussollier et Klaus Maria Brandauer. On a fait des essais avec Dussollier et il m'a impressionné, au point de me foutre un peu les jetons... La seconde priorité, c'était de trouver une forme innovante, une approche spécifiquement cinématographique. J'ai montré à Yves Angelo, mon directeur de la photographie, dans un bouquin d'Anselm Kiefer, le tableau La Princesse de Sibérie , et je lui ai dit que ce serait la couleur du film. Il a donc désaturé l'image pour obtenir cette palette précise. Pour la caméra, j'ai choisi de travailler en plan séquence, pour ne rien tuer de ce que les acteurs allaient donner, et caméra à l'épaule -en plusieurs axes mais sans bouger- pour être à juste distance. Avec des courtes focales pour cadrer le pouvoir, et des focales plus humaines, réalistes, pour les autres scènes." Son pari réussi, Marc Dugain n'entend pas s'arrêter en chemin. Il vient de tourner un téléfilm adapté d'une de ses nouvelles, La Montée des femmes. Un huis clos dont l'interprète principal est un certain... André Dussollier. (1) Dugain a connu une réussite florissante dans le secteur aéronautique avant de se mettre à publier.Texte Louis Danvers