Débuté aux Baléares et terminé aux Açores, Extérieur monde est un livre dans lequel Olivier Rolin arpente ses souvenirs et donc son monde: le monde qu'il a parcouru de long en large en tant que journaliste puis écrivain, souvent invité à parler devant des foules clairsemées (en Russie par exemple). L'occasion pour l'auteur de Tigre en Papier de plonger dans l'histoire de la littérature -de Proust dans cet "à la recherche du temps passé" à Chateaubriand pour son côté "vieil amoureux mélancolique"- et de nous transmettre sa fascination pour "les paysages de ruines", même s'il ne s'agit pas encore ici de mémoires d'outre-tombe... Au cours de ce récit imagé, Rolin évoque également ses conquêtes féminines, et surtout ses rêves de conquêtes, furtivement entrevus. Les visages croisés forment, eux aussi, autant de paysages, voire de pays. Le style et le propos font naître une autre image: un vieux bar décati à La Havane ou Sarajevo, au milieu duquel Rolin, maître de la digression dans un récit tout sauf dégraissé, a suspendu son immense guirlande de souvenirs, seul, accoudé au passé, interpellant le lecteur. Lequel regarde parfois sa montre, titillé par l'envie de rentrer, seulement retenu par certaines descriptions, de Shanghaï par exemple, qui le tirent par la manche et l'incitent à rester. Bref, si Rolin nous saoule, il nous enivre aussi.

D'Olivier Rolin, éditions Gallimard, 304 pages.

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