Entamé en 1967 par Titicut Follies, le parcours documentaire de Frederick Wiseman l'a vu ensuite sonder inlassablement la société par le prisme de ses institutions. Trois ans après la National Gallery, à Londres, le cinéaste américain largement octogénaire jette aujourd'hui son dévolu sur un autre monument culturel, la New York Public Library, établissement plus que centenaire dont le bâtiment central, à hauteur de la Ve avenue et de la 4...

Entamé en 1967 par Titicut Follies, le parcours documentaire de Frederick Wiseman l'a vu ensuite sonder inlassablement la société par le prisme de ses institutions. Trois ans après la National Gallery, à Londres, le cinéaste américain largement octogénaire jette aujourd'hui son dévolu sur un autre monument culturel, la New York Public Library, établissement plus que centenaire dont le bâtiment central, à hauteur de la Ve avenue et de la 42e rue, à Manhattan, est l'un des emblèmes de la ville. Fidèle à sa méthode, Wiseman privilégie une approche extensive de son sujet, immergeant sa caméra au coeur de la NYPL, qu'il envisage sous les angles les plus divers, composant un film mosaïque dénué de commentaire, comme pour mieux laisser au spectateur sa liberté. Si les trois heures et quelque qu'annonce le générique peuvent paraître décourageantes a priori, la matière se révèle en tous points passionnante. Comme le précise l'une des intervenantes, architecte travaillant à la configuration future de l'une des 92 antennes de l'institution, "une bibliothèque n'est pas axée sur les livres, c'est un lieu pour les gens qui veulent acquérir des connaissances". Une dimension que restitue admirablement le film, montrant comment la NYPL s'emploie à la poursuite de ses activités traditionnelles en s'adaptant à la révolution numérique, tout en plaçant l'individu au coeur de son projet. Et d'ajouter à la notion d'éducation celles d'échange et d'accueil, assumant au passage une indispensable fonction sociale, lieu de vie débordant d'activités et inscrit dans l'ADN de la cité, comme le soulignent les transitions. La réussite du film tient encore à son montage, art dans lequel Wiseman est assurément passé maître, et qui vaut au spectateur une vision impressionniste où à une rencontre avec Elvis Costello peut succéder une réunion du conseil d'administration; à la volonté de transmission répond la question du financement -un partenariat public-privé, en l'occurrence, en un modèle de cercle vertueux. Manière aussi d'assurer la pérennité d'une institution culturelle que Toni Morrison définit à juste titre comme "l'un des piliers de la démocratie".