Drake
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Drake "More Life" Distribué par Young Money Entertainment 8 D'abord s'arrêter quelques instants sur le gimmick du jour. Un an après avoir sorti Views, Drake est déjà de retour. Cette fois non pas avec un nouvel album, ou même une énième mixtape, mais bien avec ce que le rappeur a présenté comme une... playlist. Une coquetterie de langage? Après tout, de loin, le projet ne semble pas beaucoup différer de ses sorties habituelles... Le fait est que Drake a toujours été sur la balle quand il s'agissait de profiter des nouvelles opportunités offertes par le Net. D'aucuns peuvent bien se plaindre des ravages provoqués par la révolution numérique sur l'industrie musicale, pendant ce temps, Drake, lui, en a fait son cheval de Troie, la base même de son empire. Or, puisque même le Billboard a accepté de prendre en compte dans ses classements le principe des playlists proposées sur les plateformes de streaming, pourquoi ne pas en sortir une sous son nom? En théorie, c'est l'occasion d'exploser le format album habituel pour proposer autre chose. Notamment en jouant sur l'idée d'une collection d'atmosphères et d'humeurs (plutôt qu'en essayant de tisser un fil narratif plus ténu, comme l'implique l'idée classique d'un album). Dans les faits, il ne faudrait toutefois pas être dupe: More Life -numéro un au classement des albums US dès sa sortie (tout comme ses six disques précédents)- ne propose rien de ce que les autres albums de Drake ne se soient déjà permis. Ce qui ne veut pas dire qu'il manque d'atout. Car la formule "playlist" a au moins cet avantage: balayer le poids supposé d'un "véritable" album et proposer un ensemble certes plus décousu mais aussi plus léger, fun, et instantané. Rappeur collectionnant les superlatifs, superstar globale, Drake pourrait plier sous le culte qu'il a engendré. Avec More Life, "Champagne Papi" botte en touche, fait descendre la pression. Il en profite pour mélanger toutes ses obessions. Rap évidemment, mais aussi dancehall, trap, r'n'b (le sample de If You Had My Love de J Lo, qui prend une autre tournure sur Teenage Fever), ou même house (Moodymann cité sur Passionfruit, ou l'afrohouse de Get It Together). Puisque le jeu est ouvert, Drake laisse par exemple l'Anglais Sampha glisser un morceau à lui dans le tableau (4422), n'hésite pas à déployer le tapis rouge pour la nouvelle venue Jorja Smith, ou convier les cadors Young Thug, Travis Scott, Quavo, ... à venir mettre leur grain de sel. Ailleurs, il trouve encore de la place pour le collègue Kanye West (Glow) -ce qu'on appelle un duo au sommet. À cet égard, More Life fonctionne un peu comme le Life of Pablo de son invité, sorti l'an dernier à la même époque: soit un disque qui, sans apprendre rien de neuf sur le personnage, n'en restait pas moins fascinant, malgré voire à cause, en grande partie, de son côté foutraque. Bien sûr, comme d'habitude, Drake fait beaucoup trop long (80 minutes de musique). Mais dans son genre, cela n'empêche pas More Life de se poser comme l'une des bandes-son incontournables de 2017. Laurent Hoebrechts