William John Evans de son nom de baptême, disparu prématurément à l'âge de 51 ans en 1980, n'a en réalité jamais quitté le devant de la scène, lui qui reste le pianiste de jazz toujours le plus visité sur le Net. Si la totalité (ou presque) de sa discographie est disponible dans de nombreux formats, elle a aussi connu une quantité de publications pirates à la qualité sonore variable mais souvent supérieure à nombre d'éditions officielles, comme c'est ici le cas. Autorisés ou non, les disques qui continuent de paver, aujourd'hui comme hier, la route d...

William John Evans de son nom de baptême, disparu prématurément à l'âge de 51 ans en 1980, n'a en réalité jamais quitté le devant de la scène, lui qui reste le pianiste de jazz toujours le plus visité sur le Net. Si la totalité (ou presque) de sa discographie est disponible dans de nombreux formats, elle a aussi connu une quantité de publications pirates à la qualité sonore variable mais souvent supérieure à nombre d'éditions officielles, comme c'est ici le cas. Autorisés ou non, les disques qui continuent de paver, aujourd'hui comme hier, la route du disparu, n'ont jamais cessé d'offrir le meilleur de son art, sous la forme de concerts captés par leurs organisateurs ou des radios locales -enregistrements que le pianiste semait derrière lui comme autant de bornes d'une carrière dont il avait, sans doute, le pressentiment qu'elle serait courte du fait de son addiction à l'héroïne. Une manne qui, le temps passant (41 ans à ce jour), a fini comme Behind the Dikes par tomber dans le domaine public. À croire que là où se produisait Evans, un magnétophone et une paire de micros ne manquaient jamais de traîner, prêts à enregistrer la sublime musique qu'allait délivrer celui qui fut l'un des maîtres incontesté du jazz moderne. Behind the Dikes, concert donné à Hilversum en mars 1969, en est un splendide exemple. Les quinze titres que contient le CD doivent frôler l'intégrale de ce que le trio (Eddie Gomez, contrebasse, Marty Morell, batterie) a interprété ce soir-là. Bill Evans y est au sommet de son talent, transcendant chaque titre, les plus étonnants comme les plus rebattus d'un répertoire qui retrouve une nouvelle jeunesse - Stella by Starlight, Turn Out the Stars, Waltz for Debby, 'Round Midnight, My Funny Valentine et bien d'autres. Huit mois plus tard, soit en novembre de la même année, il se produisit au RAI d'Amsterdam (où il fut, bien entendu, enregistré à nouveau), le trio interprétant à peu de chose près les mêmes titres (ici, au nombre de huit) sans que l'on ne ressente le moindre ennui à leur écoute. C'est d'ailleurs là que réside une partie du génie du maître: rendre à chaque fois aussi neufs qu'au premier jour des standards pourtant connus de tous. Et cette éternelle fraîcheur qui ne le quittait jamais, ou du moins très rarement, est présente quel que soit le lieu où il joue -le plus souvent dans les meilleurs clubs et salles de concert d'Amérique et d'Europe. À part la session avec le Metropole Orkest du 25 mars 1969 et ses deux inédits, Behind the Dikes a l'incomparable mérite de réunir sur un disque quelques-unes des plus belles plages jamais enregistrées en public par le seul et unique Bill Evans.