La place nous manquerait pour évoquer ici l'influence des drogues sur certains réalisateurs et acteurs de cinéma. En se limitant aux films, force est de constater que les stupéfiants, leur consommation, leurs effets et leur trafic, ont régulièrement servi d'inspiration depuis la seconde moitié des années 60... et l'entrée d'un sujet jusqu'alors tabou dans le débat public.
...

La place nous manquerait pour évoquer ici l'influence des drogues sur certains réalisateurs et acteurs de cinéma. En se limitant aux films, force est de constater que les stupéfiants, leur consommation, leurs effets et leur trafic, ont régulièrement servi d'inspiration depuis la seconde moitié des années 60... et l'entrée d'un sujet jusqu'alors tabou dans le débat public. Avant, il y avait eu quelques précurseurs, dans la sphère expérimentale et même à Hollywood avec Otto Preminger et son tragique Man With The Golden Arm (1955), où Frank Sinatra incarne un morphinomane. The Trip de Corman, Performance de Roeg et Cammell, Easy Rider de Hopper surtout, marquèrent un tournant que les seventies allaient confirmer, par-delà Woodstock et l'entrée de la fumette dans le comportement des personnages, même principaux. Le polar allait bien souvent évoquer la lutte entre police et trafiquants, faisant parler la "poudre" comme dans une scène mémorable du Scarface de Brian De Palma. Le ton moral restait quasi unanimement réprobateur quant aux drogues dures, l'enfer du toxicomane étant pavé de très bons films, de Panic In Needle Park de Schatzberg à Requiem For A Dream d'Aronofsky. Seul un réalisateur extrême (et concerné) comme Abel Ferrara osa se risquer par-delà tout jugement moral avec son Bad Lieutenant tout récemment revisité par Werner Herzog. Terry Gilliam allant, lui, jusqu'au ludique, pour son exploration de l'univers junkie dans l'épatant Fear And Loathing In Las Vegas avec Johnny Depp... Avant d'inspirer, dans les années 80, le groupe Frankie Goes To Hollywood pour un "hit" mémorable ( Welcome To The Pleasure Dome) ce film de 1954 avait influencé Roger Corman pour certaines scènes de ses adaptations d'Edgar Poe. Et Martin Scorsese en tira l'imagerie de certaines séquences de Kundun. Réalisé par le "pape" surréalisant de l'expérimental américain des fifties Kenneth Anger, il y règne, au milieu de vapeurs opiacées, une ferveur érotique défiant les identités sexuelles. La romancière Anaïs Nin y fait une apparition. Tourné au milieu des psychédéliques années 60 par le spécialiste du film à petit budget fantastique ou de science-fiction Roger Corman, The Trip annonce la couleur dès son titre, puisqu'il y est question d'un homme à la dérive, s'essayant au LSD avec des résultats que la caméra prétend capter dans une suite d'images plus délirantes les unes que les autres. Peter Fonda joue le personnage central, Paul Groves. Un choix judicieux, l'acteur connaissant bien le sujet...