Ils voulaient venir bosser en Europe. C'est finalement dans la plus grande ville de l'Etat de Louisiane, le bled du jazz, de Treme, de Dr John, que Joey Burns et John Convertino sont partis mettre en boîte le septième album studio de Calexico ( lire la critique page 34). Mine de rien, quatre ans se sont écoulés depuis Carried to Dust. Quatre longues années durant lesquelles les mecs de Tucson se sont consacrés aux Friends of Dean Martinez, à des disques de tournée, des bandes originales ( Circo, Undead Nightmare)... Bref à de la musique très instrumentale.
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Ils voulaient venir bosser en Europe. C'est finalement dans la plus grande ville de l'Etat de Louisiane, le bled du jazz, de Treme, de Dr John, que Joey Burns et John Convertino sont partis mettre en boîte le septième album studio de Calexico ( lire la critique page 34). Mine de rien, quatre ans se sont écoulés depuis Carried to Dust. Quatre longues années durant lesquelles les mecs de Tucson se sont consacrés aux Friends of Dean Martinez, à des disques de tournée, des bandes originales ( Circo, Undead Nightmare)... Bref à de la musique très instrumentale. " Nos albums portent souvent en eux le calme du studio, explique l'affable et amical Joey Burns. Cette fois, nous voulions être plus représentatifs de ce que Calexico signifie quand il est sur la route. On a très vite réalisé qu'on ne pourrait pas enfanter pareille bête chez nous. Nous avions le sentiment d'être bloqués et bouger nous a décoincés. " Le choix de la Nouvelle-Orléans, l'une des villes les moins riches des Etats-Unis et l'une des plus noires du pays, est moins surprenant qu'il n'y paraît. " New Orleans, c'est le delta. Une porte vers le sud. Le trait d'union avec le golfe du Mexique. Bon nombre des influences musicales qui m'excitent. C'est aussi la proximité de Cuba où nous avons travaillé avec Amparo Sanchez..." Avec Calexico, la musique n'a pas de frontière. L'art est un pont. Un pont entre les cultures. Burns et Convertino ont juste soigneusement évité les zones touristiques. Ils sont partis travailler dans l'un des premiers quartiers réouverts à ses résidents après Katrina. A Algiers qui a donné son titre au disque. " Ayant entendu parler du printemps arabe, lu au sujet de la Tunisie, de l'Egypte, c'est assez ironique pour moi cette relation sémantique avec la Méditerranée. Algiers est synonyme de changement. Un changement qu'on a aussi ressenti dans nos vies." Dans quel état d'esprit baigne pour eux le nouveau Calexico? Burns répond en un mot: persévérance. " Beaucoup de choses, belles comme particulièrement dures, sont arrivées pendant ces quatre longues années. On a perdu des membres de notre famille. Craig (Schumacher, ndlr) est tombé gravement malade. Puis, il y a eu l'actualité mouvementée que ce soit au niveau international ou local. Je pense notamment à la fusillade lors du meeting de Gabrielle Giffords (une de leurs amies, politicienne démocrate, ndlr)." " Moi, ce qui me vient à l'esprit, c'est le terme guérison, rebondit Convertino. Craig qui vainc le cancer. La Nouvelle-Orléans qui surmonte les méfaits de Katrina. Et les habitants qui se remettent de la tragédie de Tucson (six morts dont une enfant de 9 ans, ndlr)." Si Algiers, le quartier, est empreint de religion, Algiers, l'album, l'est également. Il a été enregistré dans une ancienne église baptiste reconvertie en studio. Un grand espace tout en bois particulièrement adapté à la musique. " Rien que de te dire que des gens tapaient jadis dans les mains en chantant du gospel et en priant dieu alors que tu es assis derrière ta batterie donne un esprit différent à ce que tu fais", note Convertino. Un grand pourcentage de la population a disparu ou quitté les lieux ces dernières années mais la Nouvelle-Orléans a quelque part toujours été une ville fantôme. " Elle a une histoire, une culture où on fête ardemment le mardi gras et la Toussaint. Elle a une manière très particulière de célébrer la mort. Les marches funèbres. Ce genre de choses. J'ai toujours été intrigué par la Nouvelle-Orléans. C'est tellement différent de tout le reste des Etats-Unis." Avec Chris George, le propriétaire du Living Room Studio où ils ont enregistré mais aussi dormi, écouté de la musique (" beaucoup de jazz, de groupes cajuns") et feuilleté des bouquins d'architecture, Calexico tenait le meilleur des hôtes. Chris est né et a grandi à Algiers. " Chez lui, on a vécu, respiré et même mangé Nouvelle-Orléans. Ça a été une grande source d'inspiration. " La collaboration avec leur fidèle comparse Craig Schumacher a fait le reste. " On a utilisé des bandes analogiques et essayé de capturer la magie entre le moment où tu apprends un morceau et celui où tu le connais vraiment. Quand on disait à Craig "c'est bon, on y va, on est prêts ", la chanson était déjà enregistrée." Sacré pilote. LE 19/09 À L'AB (SOLD OUT), LE 20/11 À L'ATELIER (LUXEMBOURG) ET LE 23/02 AU DEPOT (LEUVEN). RENCONTRE JULIEN BROQUET