Il faut avoir pas mal de confiance en soi pour baptiser son projet d'un nom aussi banal, passe-partout, et à vrai dire "ingooglable", que The Internet. De la confiance ou alors une solide inconscience, c'est selon. Voire carrément de la nonchalance. Né de la cuisse d'Odd Future -le collectif hip-hop patronné, notamment, par Tyler the Creator-, The Internet a, de fait, toujours donné l'impression de naviguer entre ces deux traits de caractère: l'assurance et l'indolence. Mélangeant r'n'b, (nu) soul, funk psychédélique et accents jazz, le groupe a mis au point un groove aussi infaillible qu'ambigu. Une anomalie en quelque s...

Il faut avoir pas mal de confiance en soi pour baptiser son projet d'un nom aussi banal, passe-partout, et à vrai dire "ingooglable", que The Internet. De la confiance ou alors une solide inconscience, c'est selon. Voire carrément de la nonchalance. Né de la cuisse d'Odd Future -le collectif hip-hop patronné, notamment, par Tyler the Creator-, The Internet a, de fait, toujours donné l'impression de naviguer entre ces deux traits de caractère: l'assurance et l'indolence. Mélangeant r'n'b, (nu) soul, funk psychédélique et accents jazz, le groupe a mis au point un groove aussi infaillible qu'ambigu. Une anomalie en quelque sorte: dans une ère musicale où chaque morceau doit pouvoir convaincre en quelques secondes, ceux de The Internet ont souvent semblé ne pas savoir eux-mêmes où ils commençaient, ni quand ils finissaient. La manière dont Syd tha Kid (alias Sydney Bennett), voix principale du projet, susurre au micro, y contribue largement: loin des poses crâneuses, comateuse à sa manière, presque désarmée, et du même coup d'autant plus troublante. Cette tactique du flottement avait particulièrement bien fonctionné sur Ego Death. Sorti en 2015, le troisième album du groupe se retrouva même dans la course pour un Grammy. Un groupe "normal" aurait battu le fer tant qu'il était encore chaud. Au lieu de ça, chacun a creusé ses propres projets persos. Au risque de se disperser et casser l'élan du groupe? Ce n'est en tout cas pas ce que raconte Hive Mind, nouvel album dont on traduira le titre par "intelligence collective"... De fait, lancé par Matt Martians et Syd, rejoints en cours de route par Patrick Paige II (basse), Christopher Smith (batterie) et Steve Lacy (guitare), The Internet se présente plus que jamais comme une entité homogène, sans véritable leader, ni franc-tireur. En soi, cette posture communautaire tient presque déjà de la note d'intention politique -la seule d'un groupe qui, avec une chanteuse n'ayant jamais caché son homosexualité, n'a pas besoin d'en faire plus pour se positionner. Pour le reste, The Internet n'a jamais aussi bien incarné une certaine coolitude californienne -" Look at me, I'm so suave", chante Syd, sur le single La Di Da. Un détachement solaire, cultivé par un groupe où tout le monde semble faire un peu tout: une garden party où chacun va chercher les bières au frigo et passe un moment derrière le barbecue. Ce côté laidback est à la fois la plus grande qualité et le plus grand défaut du groupe. Il peut en effet vite passer pour du dilettantisme. Après tout, entre le morceau le plus funky (l'excellent Roll) et les ballades les plus lascives ( Stay the Night, poignant, ou It Gets Better, sous influence Janet Jackson), l'oreille n'a pas beaucoup de gymnastique à faire. Hive Mind est cohérent, au risque de paraître confortable, voire monotone. Si l'on se penche un peu plus, l'album est pourtant riche de 1001 détails, qui font tout son sel. Rien ici n'est forcé, tout est insinué: le paradoxe d'un disque qui coule, et s'écoute sans effort, mais ne s'apprécie vraiment qu'en lui consacrant un minimum d'attention.