Ce premier roman irlandais aurait pu nous échapper: paru en mai, il courait le risque des sacrifiés de fin de saison. Ceux qui ternissent avant d'avoir fait leurs preuves, tant la rentrée littéraire fait des clins d'oeil précoces. La parenthèse estivale est donc l'occasion idéale de découvrir cette dystopie inventive. Imaginez une Irlande urbaine qui suinte le chaos. Où les "perles de pluie [sont] pareilles à des messages, à des mots émis par des fantômes que nous n'avons tout simplement pas su comprendre". Où chacun prend le risque de finir "mornoyé". Sur les docks ou dans les ruelles sombres, rôdent Vincent Depaul, justicier pyromane, ou Messire Violence, esprit maléfique qui se délecte de la souffrance. Dublin, entre tentatives de survie héritées de jadis et technologies de pointe, est aux mains des gangs. Tout en haut de cette pyramide instable règne le Roi Vif. Un de ses anciens coursiers, adolescent en ciré jaune et tout jeune père d'une progéniture qu'il devra élever seul, compte bien lui tenir tête, tel un David sentimental contre un Goliath baron de la drogue. Dans Entrer dans l'arène en même temps que l'orage, se construit une mythologie -poisseuse, sous tension, toujours au point de bascule- qui se nourrit de légendes ancestrales (on y croise un barde, on s'y réclame de l'esprit irlandais) mais lorgne aussi du côté des comics (Gotham City n'est jamais loin). À l'instar d'une Kate Tempest (en particulier dans sa poésie), Danny Denton injecte de l'épique dans son récit prospectif et n'hésite pas à éclater la forme ou à multiplier les voix pour que bruissent davantage les rumeurs. Nous voici marqués de son signe.

Premier roman De Danny Denton, éditions Buchet-Chastel, traduit de l'anglais (Irlande) par Catherine Richard-Mas, 432 pages.

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