En 2015, Ryan Gattis orchestrait dans Six jours un maître roman noir autour des émeutes à Los Angeles en 1992. Un grand texte politique et social sur l'Amérique d'en-bas. Dans son nouveau livre, En lieu sûr, Gattis reste fidèle à ce microcosme urbain, haut lieu du trafic de drogue, confronté cette fois à la crise financière de 2008, qui s'apprête à mettre à la porte de chez eux les plus modestes. Un climat d'urgence qui infuse les pensées et oriente les choix de vie des deux narrateurs de ce polar incisif: Ghost, l'ex-tox qui ouvre les coffres-forts à la demande des stups et qui, se sachant condamné par une tumeur, aspire à la rédemption; et Glasses, le lieutenant à sang froid d'un caïd local, chargé de mettre fissa la main sur l'audacieux qui leur fait les poches, mais dont l'ardeur à la tâche est refroidie par la violence sans limite des nouveaux narcos. Ennemis sur le papier, le Robin des bois et le futur affranchi aspirent tous deux à rompre avec un système cynique. Un sous-texte politique qui donne des accents de tragédie grecque à ce récit nerveux et hyperréaliste. Seul petit bémol: la couche de mélo -Ghost est obsédé par le... fantôme de la copine disparue qui l'a sorti de la rue- un peu trop généreuse.

De Ryan Gattis, éditions Fayard, traduit de l'anglais (États-Unis) par Nadège T. Dulot, 348 pages.

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