"Je ne suis pas le genre d'artiste fait pour New York, ils ne vont pas m'aimer dans cette ville. Ils m'aiment en Alabama, en Géorgie et au Tennessee, mais je ne veux pas aller jouer à New York. "(1) Voilà ce que Presley dit au promoteur Jerry Weintraub, début 1972, alors que depuis le 31 juillet 1969, Elvis ne cesse de multiplier les concerts, rompant 8 ans d'abstinence live(2). De sa base live de Las Vegas, le chanteur bluffe les 60 000 spectateurs ébahis de l'Astrodome de Houston ou ensorcèle les 18 000 pèlerins du Forum de Los Angeles: rien qu'entre 1969 et 1971, Elvis donne 350 ...

"Je ne suis pas le genre d'artiste fait pour New York, ils ne vont pas m'aimer dans cette ville. Ils m'aiment en Alabama, en Géorgie et au Tennessee, mais je ne veux pas aller jouer à New York. "(1) Voilà ce que Presley dit au promoteur Jerry Weintraub, début 1972, alors que depuis le 31 juillet 1969, Elvis ne cesse de multiplier les concerts, rompant 8 ans d'abstinence live(2). De sa base live de Las Vegas, le chanteur bluffe les 60 000 spectateurs ébahis de l'Astrodome de Houston ou ensorcèle les 18 000 pèlerins du Forum de Los Angeles: rien qu'entre 1969 et 1971, Elvis donne 350 concerts aux Etats-Unis. Mais pas un seul à New York. Hormis ses considérations "provinciales" -composante réelle de sa personnalité fractionnée-, Presley n'a pas oublié qu'en juillet 1956, sur le plateau new-yorkais du Steve Allen Show, on lui impose la présence d'un basset (...) pendant Hound Dog. Malgré la gloire retentissante provoquée par ce passage TV, le jeune homme de 21 ans n'avalera jamais que les décideurs new-yorkais l'aient traité en péquenot négroïde du Mississippi. Quand il cède enfin aux pressions de jouer à New York, Presley ne peut décider que d'un seul lieu, le plus royal: le Madison Square Garden. Lorsque les préventes des quatre concerts, dont un en matinée, ciblés aux 9-11 juin 1972, commencent le 8 mai, des fans campent depuis plusieurs jours aux alentours du Garden: bien avant Internet, les 80 000 tickets disponibles sont vendus en un souffle. Les représentations s'ouvrent inévitablement sur le thème dramatique de 2001 Odyssée de l'espace joué live en furie pétaradante, enchaîné à son négatif binaire, That's All Right Mama, chanson primitivo-sensuelle du bluesman Arthur Crudup datée de 1946, qu'Elvis enregistrera 8 ans plus tard à Memphis, pavant ainsi son propre chemin vers une mythification inouïe. Cette relecture monomaniaque du passé comme du présent amène Presley aux tubes d'époque - Proud Mary de Creedence, Bridge Over Troubled Water de Simon & Garfunkel- et aux titres devenus siens, même s'il ne les écrit pas. Notamment An American Trilogy, mix barnumesque de trois oripeaux folk du XIXe siècle (...) qu'Elvis envoie sur son mars personnel façon 1972 Space Odissey. Il n'existe pas d'images des spectateurs-stars de ces concerts -Dylan, Lennon, Bowie, Harrison- mais on a cru comprendre qu'ayant vu le Graal en action à quelques mètres, ils s'en retournèrent à leurs menus travaux quelque peu atomisés. Malgré le triomphe du Garden, le chanteur abandonné ne reviendra par la suite que dans la proche banlieue new-yorkaise -en 1973 et 1975 au Nassau Coliseum de Long Island-, évitant Manhattan ou l'un des quatre autres boroughs qui définissent le Gotham du rock. Peut-être par peur de ne plus renouer pleinement avec des moments aussi elvissimes... (1) HTTP://WWW.ELVISCONCERTS.COM/REAL/MSG01.HTM (2) À L'EXCEPTION DE DEUX DATES CANADIENNES, ELVIS NE SE PRODUIRA JAMAIS EN DEHORS DES ETATS-UNIS. PH.C.