Aria
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Aria VELASCO VITALI, GALERIE LKFF, 15, RUE BLANCHE, À 1050 BRUXELLES. JUSQU'AU 11/01. 7 Défendre la sculpture, contemporaine qui plus est, n'est pas une tâche aisée. On en veut pour preuve ces pages, qui ne s'arrêtent que très rarement sur ladite discipline. Nostra maxima culpa, donc. La raison de ce désamour? On nous explique souvent que l'imposante matérialité des oeuvres se dresse comme un obstacle à leur popularité: celles-ci seraient difficiles à caser chez soi, à l'heure où l'espace s'affiche comme un luxe. Bien sûr, on peut entendre cet argument mais à notre échelle, il est nul et non avenu: sur une page de magazine, un discours sur une exposition de sculptures occupe la même place qu'un article dédié à la peinture... Faut-il alors voir là le travail de sape des installations, dont le spectre plus étendu marche sur les plates-bandes de la sculpture, la renvoyant du côté d'une certaine obsolescence? Peut-être. Une autre piste réside dans notre incapacité à regarder un objet en trois dimensions à l'heure de l'écran plat et de l'image triomphante. Toujours est-il, et c'est une bonne chose, qu'il reste d'ardents défenseurs de cet art du volume. Parmi ceux-ci, on peut compter sur Mijntje Lukoff et sa galerie LKFF. Fille d'Hanneke Beaumont, dont les oeuvres sculptées jouissent d'une aura internationale, cette galeriste de 37 ans a biberonné à cette pratique. La résistance à la sculpture, Mijntje sait ce que c'est: elle l'affronte au quotidien. Pourtant, elle est parvenue à obtenir la reconnaissance de la scène artistique grâce à un propos tranché -elle a récemment obtenu pour son tandem de protégés, Fred Penelle & Yannick Jacquet, le Prix des collectionneurs à la dernière Slick Art Fair Brussels. Jusqu'au 11 janvier, LKFF donne à voir le travail de Velasco Vitali, dessinateur italien, puis peintre, né à Bellano en 1960, et venu à la sculpture sur le tard. Ce n'est pas une première en Belgique, l'homme ayant déjà débarqué à Bruxelles en 2011 par le biais d'une exposition portant sur une meute de chiens errants -conçus à partir de matériaux pauvres (ciment, tôle de récupération...)- qui se voulait une métaphore de la condition humaine. Aujourd'hui, c'est avec une tout autre proposition que Vitali s'adresse à nous. Au centre du propos, la montgolfière, étrange machine volante qui dit la volonté d'élévation de chacun mais aussi la pesanteur à laquelle il est si difficile de s'arracher. Impeccablement scénographiées, les oeuvres immobiles s'alignent au millimètre, suggérant une invitation au voyage. L'incroyable coup de force de ces pièces d'acier et de métal est qu'elles réussissent à évoquer l'air, élément immatériel et impalpable entre tous. Encadrée par deux aquarelles punaisées au mur, la scène donne des ailes, faisant souffler un inattendu courant d'air sur l'espace clos de la galerie. C'est un coup de génie d'avoir réussi à faire exister l'air -il faut comprendre ici le souffle créateur, le "pneuma" des Grecs-, jusque-là grand impensé de la sculpture. Soit un intéressant plaidoyer pour ne plus rester imperméable à cet art de la matière. WWW.LKFF.BE MICHEL VERLINDEN