Studios ICP, Bruxelles. Cascadeur est installé derrière le piano. Il est venu jouer quelques titres -dont le fameux Walker, ballade élégiaque qui aura trouvé récemment le chemin des ondes radio. La performance est intime, le public limité: quelques gagnants de concours, des journalistes, des représentants de la maison de disque... Pas question cependant de briser l'anonymat du personnage. Vêtu d'une combi orange, Alexandre Longo (son vrai nom) a beau suer sous son casque de pilote de chasse, ce n'est qu'une fois les derniers appareils photos rangés qu'il concédera à enlever...

Studios ICP, Bruxelles. Cascadeur est installé derrière le piano. Il est venu jouer quelques titres -dont le fameux Walker, ballade élégiaque qui aura trouvé récemment le chemin des ondes radio. La performance est intime, le public limité: quelques gagnants de concours, des journalistes, des représentants de la maison de disque... Pas question cependant de briser l'anonymat du personnage. Vêtu d'une combi orange, Alexandre Longo (son vrai nom) a beau suer sous son casque de pilote de chasse, ce n'est qu'une fois les derniers appareils photos rangés qu'il concédera à enlever l'accessoire. Sa manageuse explique: "En France, le label a engagé une boîte spécialisée pour "nettoyer" le Net des dernières photos où Alexandre apparaît à visage découvert." L'anonymat serait-il donc la dernière tendance à suivre? Comme une réaction à la transparence excessive, voire l'exhibitionnisme prôné à la fois par le Net et la téléréalité? A vrai dire, l'effacement a toujours été de mise. En France, quelqu'un comme Manset l'a cultivé à outrance. Dans un tout autre genre, les sales gamins de Stupeflip ont toujours porté le masque. Le duo électronique français le plus célèbre du monde, Daft Punk, a lui-même fait de l'anonymat un argument artistique et marketing majeur. La posture ne vient pas de nulle part: à la base, les 2 Parisiens entendaient ainsi se montrer raccord avec une certaine culture techno. En ces temps de DJ stars, on l'a peut-être un peu oublié: les débuts de la musique de danse électronique ont souvent été le fait de personnages mystérieux, multipliant les pseudos. La démarche permettait en partie de produire davantage sans gaver le public. Avec la techno, elle participe cependant directement à un certain discours politique universaliste. C'est l'exemple typique d'Underground Resistance, collectif phare de Détroit, par lequel passèrent les pionniers Jeff Mills ou Robert Hood. Dans un registre plus house, Moodymann, alias Kenny Dixon Jr, a toujours pris soin lui aussi de rester le plus énigmatique possible, caché derrière la vitre de sa cabine de DJ. En fait, même dans un genre aussi crâneur que le rap, certains préfèrent se dissimuler. C'est le cas de MF Doom (photo), qui après avoir vécu une solide dépression, n'apparaîtra plus qu'en portant le masque du Dr Doom, héros d'un comics Marvel. Aujourd'hui, c'est le dubstep qui semble le plus tenir à un certain anonymat. Avec ses lourdes basses paranos, ses climats urbains nocturnes, le genre a toujours préféré l'ombre. Il a beau truster de plus en plus souvent les hit-parades, ses tenants les plus radicaux continuent à prôner une certaine discrétion. A l'image de Burial, l'un des papes du genre, dont l'identité est longtemps restée secrète. Soupçonné par certains d'être un alias d'Aphex Twin ou Norman Cook (Fatboy Slim), "traqué" par Le Sun, Burial a finalement lâché en 2008 une photo et un message sur son MySpace . "Je voulais rester inconnu, pour que l'on s'en tienne aux morceaux." Utopique? L.H.