Sous le titre La Vie folle, le Jeu de Paume à Paris consacre en ce moment une rétro-spective au photographe et réalisateur de documentaires néerlandais Ed van der Elsken (1925-1990). Pionnier de la photographie de rue, il traquait ses proies comme un chasseur, en quê...

Sous le titre La Vie folle, le Jeu de Paume à Paris consacre en ce moment une rétro-spective au photographe et réalisateur de documentaires néerlandais Ed van der Elsken (1925-1990). Pionnier de la photographie de rue, il traquait ses proies comme un chasseur, en quête d'une forme de vérité plastique sans artifice, d'une beauté sauvage, sensuelle et même érotique. Les personnages fiers et exubérants attiraient son regard. Des marginaux, des artistes -les musiciens de jazz notamment- mais aussi énormément de jeunes, croisés au fil de ses périples à Paris, au Japon, en Afrique ou tout simplement à Amsterdam, sa ville natale. Chez le Hollandais, la photo est une expérience existentielle, viscérale. Et ses aspirations pour le mouvement et l'authenticité trouvent logiquement un terreau fertile dans cette jeunesse anticonformiste en train d'émerger en Europe au tournant des années 60. Comme sur cette photo prise en 1967, qui utilise le langage des corps -la chorégraphie sensuelle des trois jeunes femmes semble sortir tout droit de West Side Story ou des Demoiselles de Rochefort- pour faire l'éloge de la liberté, de la fureur de vivre hors des clous. Ce qui s'appelle résumer en une image le "Zeitgeist", l'esprit du temps. Chaque semaine, hommage à un photographe qui a su capter l'essence inflammable de la jeunesse. L.R.