On nous aurait dit que la pire catastrophe aérienne de l'histoire aurait un goût de cendres mais ne ferait pas un seul mort -jusqu'ici en tout cas-, on ne l'aurait pas cru. Par contre, côté pagaille, stress et frisson apocalyptique, on est largement servis. Avec en prime sans doute une belle gueule de bois sociale à la clé. Une fois de plus, la réalité a fait la nique à la fiction. Mais on peut parier que celle-ci va très vite lui rendre la monnaie de sa pièce. A Hollywood, où l'on ne cache pas un faible pour les catastrophes naturelles ces temps-ci, les cerveaux des scénaristes sont sans doute déjà ent...

On nous aurait dit que la pire catastrophe aérienne de l'histoire aurait un goût de cendres mais ne ferait pas un seul mort -jusqu'ici en tout cas-, on ne l'aurait pas cru. Par contre, côté pagaille, stress et frisson apocalyptique, on est largement servis. Avec en prime sans doute une belle gueule de bois sociale à la clé. Une fois de plus, la réalité a fait la nique à la fiction. Mais on peut parier que celle-ci va très vite lui rendre la monnaie de sa pièce. A Hollywood, où l'on ne cache pas un faible pour les catastrophes naturelles ces temps-ci, les cerveaux des scénaristes sont sans doute déjà entrés en éruption. Quant aux producteurs, on les imagine bien réquisitionner à coups de billets verts les gros bras de l'industrie, les Roland Emmerich, Michael Bay, Francis Lawrence ou Tony Mitchell. Il faudra bien sûr un peu rallonger la sauce avec du ketchup pour les estomacs riches en enzymes patriotes. Par exemple en faisant dériver le nuage volcanique vers l'ouest plutôt que vers la vieille Europe. Histoire de pouvoir suivre heure par heure les péripéties d'un avion de ligne reliant Londres à New York avec escale à Reykjavik. Le zinc serait pris dans le nuage de poussières. A bord, un couple en perdition en profiterait pour se requinquer. En contrepoint, on aurait droit à la course contre la montre d'un jeune et sémillant vulcanologue qui avait senti l'affaire, tenté de sonner le tocsin en haut lieu, mais se serait heurté aux lobbyistes sans foi ni loi des compagnies aériennes. Ça, c'est pour la version soft, presque optimiste. Car dans le climat de roulette russe actuel, les fines lames de l'intrigue sont certainement en train de pousser le curseur de la dramatisation. En échafaudant des pitchs à la The road, la balade champêtre de John Hillcoat. Pour peu qu'on allume 3 autres becs de gaz islandais, on devrait pouvoir faire croire au spectateur que tout l'hémisphère nord s'est retrouvé enveloppé dans un linceul gris. Les rares survivants cherchant à gagner la nouvelle terre promise, située quelque part en... Afrique. Vous verrez, ces petites graines ne tarderont pas à germer dans les esprits et ensuite sur les écrans. Et si le courroux du sous-sol islandais veut bien nous accorder un sursis jusque-là, on devrait voir un peu plus tard d'autres films plus terre à terre sortir des panaches de fumée. Avec des accents locaux plus marqués aussi. Du style Ken Loach qui embrasse la vie et la détresse d'une hôtesse de l'air qui a perdu son boulot (crise du secteur aérien oblige). Ou Inarritu qui s'embarque dans un puzzle fiévreux aux 4 coins du monde. Ou encore Eran Rik-lis ( Lemon Tree) qui se glisse dans la peau d'un Palestinien bloqué dans une zone de transit, où il est contraint de côtoyer une colonie d'Israéliens, eux aussi prisonniers des événements... Bon, c'est décidé, je vais tenter ma chance à L.A. Ah zut, c'est vrai, y a pas d'avions. Tant pis, j'irai voir les frères Dardenne, après tout, les fumées toxiques, celles des hauts fourneaux en particulier, ça les connaît... l Par Laurent Raphaël