The Waterboys
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The Waterboys "Out of All This Blue" Distribué par Warner. 6 Après deux écoutes complètes, soit 46 titres quand même, on ne sait toujours pas trop comment prendre ce quatorzième album des Waterboys. Eau tiède ou jouvence calculée, nostalgie dopante ou marigot moderne? Ben un peu de tout cela, diagnostique le journaliste, perplexe devant un double album qui, autre formule vintage mais tellement vraie, "eût gagné à n'être que simple". Scott s'est donc fait plaisir en bouclant 23 titres à Dublin et Tokyo dont une dizaine mérite, si pas l'avortement sec, en tout cas l'extradition à la naissance. Par exemple YamaBen, chantilly indigeste où une guitare insistante sur une vulgarité de beat "disco" est couronnée de quelques vers aussi emphatiques qu'inutiles. Scott, qui n'a visiblement peur de rien, a donc dirigé les opérations musicales complétées par les arrangements de cordes et cuivres signés du noyau de The Spacebomb Collective, Trey Pollard. Jusqu'à présent, ce dernier avait plutôt réussi ses entreprises d'enrobage, notamment le premier disque soyeux de Matthew E. White: ici, la greffe frôle plus d'une fois le rejet pur et simple. Ne refusant jamais les arrangements bombastiques, The Waterboys ont taillé un répertoire popularisé par une poignée de singles immédiats (A Girl Called Johnny, The Big Music, The Whole of the Moon) et un folk-rock celtique sauvé des tentations bourrines par leurs fugues mélodiques d'une certaine ligne claire. C'était essentiellement dans les années 80, les chansons rondes comme des galets, glissant alors dans la zone d'amabilité radiophonique sans être forcément cheesy. Scott voulant, au fil du temps, faire autre chose -tout à son honneur, hein- ici visiblement en peine de composer un morceau immédiat à la hauteur des précités, pratique l'encerclement des genres. Évoquant Curtis Mayfield voire Barry White (Didn't We Walk on Water), citant abondamment Dylan (Man What A Woman, Do We Choose Who We Love), s'essayant au pamphlet politique en mode country (Kinky's History Lesson). Pourquoi pas, sachant que les influences sont comme les gouttes pour les yeux: merci de ne pas dépasser la dose prescrite. Tout est justement dans cette mesure difficilement quantifiable qui embarque le plus cruel des critères: une chanson pas inspirée n'est donc qu'un gâchis de plastique, un trou supplémentaire dans l'ozone, une boursoufflure de plus. Alors malgré l'assaut exagéré des cordes, un moment tel que The Girl in the Window Chair montre que Scott n'est pas encore (complètement) à sec rayon inspiration. Va falloir une troisième écoute pour finaliser l'analyse. le 16/11 au Roma à Anvers. PHILIPPE CORNET