Bonheur cinéphile inestimable: l'éditeur Carlotta propose, pour la première fois en Blu-ray, et bénéficiant pour le coup d'une restauration HD, Umberto D., le chef-d'oeuvre réalisé par Vittorio De Sica en 1952, un film dont Martin Scorsese considère qu'il fut la plus grande réussite de son auteur, pas moins. Associé au scénariste Cesare Zavattini, le réalisateur italien apportait là la dernière touche à sa tétralogie néoréaliste, entamée seize ans plus tôt avec Sciuscià, qu'allaient suivre Le Voleur de bicyclette et Miracle à Milan. De Sica y retrace l'histoire d'Umberto Domenico Ferrari (magnifique Carlo Battisti, un co...

Bonheur cinéphile inestimable: l'éditeur Carlotta propose, pour la première fois en Blu-ray, et bénéficiant pour le coup d'une restauration HD, Umberto D., le chef-d'oeuvre réalisé par Vittorio De Sica en 1952, un film dont Martin Scorsese considère qu'il fut la plus grande réussite de son auteur, pas moins. Associé au scénariste Cesare Zavattini, le réalisateur italien apportait là la dernière touche à sa tétralogie néoréaliste, entamée seize ans plus tôt avec Sciuscià, qu'allaient suivre Le Voleur de bicyclette et Miracle à Milan. De Sica y retrace l'histoire d'Umberto Domenico Ferrari (magnifique Carlo Battisti, un comédien non professionnel, professeur de linguistique à la ville), un fonctionnaire à la retraite à qui sa maigre pension ne suffit pas pour subvenir à ses besoins. Et tentant vaille que vaille de nouer les deux bouts, vendant le peu qui lui reste pour payer son loyer à une logeuse infecte, n'ayant d'autre recours que de fréquenter la soupe populaire pour les nourrir, lui et son chien Flike, son compagnon d'infortune. Et de s'enfoncer inexorablement dans la déchéance non sans s'accrocher à sa dignité, seule Maria (Maria-Pia Casilio), la jeune bonne au sort guère plus enviable que le sien, lui prêtant attention dans un océan d'indifférence... Si l'on verra dans ce film le procès d'une société italienne gangrenée par l'individualisme et la cupidité, De Sica veille à garder au drame une dimension avant tout humaine, livrant le portrait sensible d'un héros anonyme du quotidien. Pour signer un mélodrame aussi poignant que désespéré, un film à l'acuité intacte posant le constat d'une solitude définitive. Un pur chef-d'oeuvre que prolongent deux bonus passionnants: un entretien avec le critique Jean A. Gili, et une analyse de l'historien du cinéma Jean-Baptiste Thoret. Si Umberto D. est un drame de la vieillesse, L'Incompris, tourné par Luigi Comencini en 1967, est une tragédie sur les blessures secrètes de l'enfance. L'histoire se déroule à Florence lorsque, à la mort de sa femme, le consul britannique, sir Duncombe (Anthony Quayle), décide d'en informer son fils aîné, Andrew (Stefano Colagrande), tout en cachant la vérité au cadet, Miles (Simone Giannozzi), qu'il ne pense pas capable de supporter la nouvelle. Si une profonde complicité unit les deux garçons, rarement à court de tours pendables, l'attention que porte leur père au plus jeune mine Andrew, plus affecté qu'il n'y paraît par la mort de leur mère... Comencini était un cinéaste de l'enfance, à laquelle il a consacré une dizaine de films. L'Incompris en trace un portrait sensible, travaillant avec justesse et subtilité cette relation père-fils marquée du sceau de l'incompréhension, pour distiller une émotion croissante à mesure que le drame se noue, déchirant. Un grand film, que resitue le critique Michel Ciment en bonus.