Il fallait assurément une actrice aussi audacieuse que Robin Wright pour se lancer dans The Congress, second long métrage de Ari Folman, auteur, il y a quelques années, de Waltz with Bashir. Ce nouvel opus voit le réalisateur israélien servir une critique acide de l'industrie hollywoodienne, dont il expose notamment les dérives et le cynisme à travers le destin d'une comédienne poussée, à l'approche de la quarantaine, à céder son identité à la Miramount (contraction limpide de Miramax et de Paramount). Et d'être scannée à cet effet, le studio pouvant ensuite user de son image, fixée dans son éternelle jeunesse, comme bon lui semblera.
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Il fallait assurément une actrice aussi audacieuse que Robin Wright pour se lancer dans The Congress, second long métrage de Ari Folman, auteur, il y a quelques années, de Waltz with Bashir. Ce nouvel opus voit le réalisateur israélien servir une critique acide de l'industrie hollywoodienne, dont il expose notamment les dérives et le cynisme à travers le destin d'une comédienne poussée, à l'approche de la quarantaine, à céder son identité à la Miramount (contraction limpide de Miramax et de Paramount). Et d'être scannée à cet effet, le studio pouvant ensuite user de son image, fixée dans son éternelle jeunesse, comme bon lui semblera. Le cobaye de l'expérience n'est autre que... Robin Wright, qui joue son propre rôle à l'écran, encore qu'elle s'empresse de préciser que le film n'a d'autobiographique que son nom. Voire, toutefois: toute ressemblance entre Robin et son double n'est pour autant nullement fortuite. Et l'actrice est la première à convenir que son parcours la (pré)destinait pour ainsi dire à jouer dans cette adaptation de The Futurological Congress, de Stanislas Lem: "J'ai participé à deux films américains iconiques (The Princess Bride de Rob Reiner en 1987 et Forrest Gump de Robert Zemeckis en 1994, ndlr), auxquels on n'a jamais cessé de m'identifier. Plutôt que d'engager une actrice pour jouer quelqu'un qui, comme Robin Wright, aurait ce passé, Ari m'a demandé s'il pouvait s'en servir. Aujourd'hui, à mon âge, et alors que j'ai passé plus de 30 ans dans cette industrie, des gens continuent à me dire combien ils raffolent de Buttercup et Jenny. Ils se souviennent de moi à cause de ces rôles, et cela constituait un moule idéal pour le film de Ari. Il m'a demandé si j'étais prête à le faire, en dépit du risque de confusion que cela pouvait représenter, et je me suis lancée."Wright excelle dans cette première partie grinçante à loisir (débouchant bientôt sur des interrogations philosophiques plus vastes, déclinées dans un volet animé), et qui ne la ménage certes pas -évoquant entre autres les mauvais choix et moments de fourvoiement qui ne sont d'ailleurs pas l'apanage des seuls acteurs. Mais si le film manie avec gourmandise l'arme de la provocation, le futur cinématographique qu'il met en scène n'est, pour autant, plus tout à fait du ressort de la science-fiction: "Le début existe déjà. La partie du film en live action devant se tourner à Los Angeles, Ari a demandé au régisseur d'extérieurs s'il faudrait construire un plateau avec l'équipement pour le scannage. Mais plusieurs endroits à L.A. proposent ce type de matériel. La technologie existe donc. De là à dire que tout cela pourrait se produire, au point de voir les acteurs s'évaporer de ce médium? Je pense qu'on se révolterait. Trop de gens aiment cet artisanat et veulent être en mesure de voir un acteur et de partager une histoire, plutôt que de se contenter d'un produit manufacturé..."The Congress est aussi une projection d'une industrie où la technologie dicte de plus en plus sa loi, réalité déplorée par une comédienne qui ajoute: "C'est la mainmise croissante de la technologie sur le cinéma qui pousse des gens vers la télévision. On y trouve des rôles incroyables, de bons personnages et des histoires à la hauteur. Le paysage change, tant pour les acteurs que pour les réalisateurs." Robin Wright parle en connaissance de cause, elle qui, à côté du grand écran, est aussi de House of Cards, la série produite par David Fincher. Lucide, l'actrice l'a toujours été, se dépêtrant par exemple des tentatives de formatage pilotées par l'industrie à l'époque où le triomphe de The Princess Bride la désignait comme future "America's Sweetheart". "Qu'on ait alors voulu faire de moi la parfaite ingénue, j'en suis convaincue. C'est un business, après tout. Tout tourne autour du choix, et le film de Ari parle du fait de se voir ôter sa capacité de choisir. Pour ma part, j'ai refusé beaucoup de films qui ne m'intéressaient pas. Et il y a aussi eu un tournant après The Princess Bride, lorsque j'ai décliné une couverture de Vanity Fair. On m'a bien fait comprendre que cela ne se faisait pas, et quelques films de studio auxquels je tenais me sont passés sous le nez. C'est très simple, en fait: soit on joue le jeu de la célébrité, et on devient un produit, soit on choisit de ne pas le faire, et on n'est plus bankable." Reste une troisième voie, médiane, qu'elle a embrassé avec un bel aplomb: à l'âge où son alter ego à l'écran n'a d'avenir que virtuel, Robin Wright démontre, de Perfect Mothers à The Congress, que la maturité lui va, pour sa part, fort bien... RENCONTRE JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS, À CANNES