Si Sergio Leone reste le maître incontesté du western spaghetti, statut que devait consacrer la Trilogie du dollar, l'autre Sergio, Corbucci, n'a pas moins excellé dans le genre, dont il a signé quelques classiques, Le Grand Silence et Django en particulier. Révéré des initiés avant de voir sa notoriété exploser à la faveur de l'hommage tonitruant que lui rendait Quentin Tarantino dans Django Unchained (où le Django original, Franco Nero, avait droit à un caméo), ce dernier fait aujourd'hui l'objet d'une sortie en Blu-ray et DVD après avoir bénéficié d'une restauration exemplaire. De...

Si Sergio Leone reste le maître incontesté du western spaghetti, statut que devait consacrer la Trilogie du dollar, l'autre Sergio, Corbucci, n'a pas moins excellé dans le genre, dont il a signé quelques classiques, Le Grand Silence et Django en particulier. Révéré des initiés avant de voir sa notoriété exploser à la faveur de l'hommage tonitruant que lui rendait Quentin Tarantino dans Django Unchained (où le Django original, Franco Nero, avait droit à un caméo), ce dernier fait aujourd'hui l'objet d'une sortie en Blu-ray et DVD après avoir bénéficié d'une restauration exemplaire. De quoi apprécier à sa juste valeur sa monumentale ouverture, suivant au son de la chanson-titre de Rocky Roberts, la progression laborieuse d'un homme traînant un cercueil dans la boue -Django, on l'aura deviné, entamant là, sous des auspices guère favorables en apparence, son oeuvre vengeresse. Laquelle aura pour cadre un village fantôme où il échouera après avoir arraché une jeune femme aux griffes de tortionnaires pour se retrouver pris entre deux feux: celui d'une milice raciste évoquant le KKK et celui d'une bande de révolutionnaires mexicains... " Sergio voyait Django comme un film grotesque, pas comme un film cruel" , explique sa femme, Nori Corbucci, dans l'un des nombreux bonus accompagnant l'édition prestige du film. Voire: Django est un peu des deux en fait -ainsi de la fameuse scène de l'oreille-, tempérant son cynisme, sa violence et sa noirceur par ses touches d'humour absurde, sur quoi Franco Nero appose sa présence mutique relevée de son regard d'un bleu étincelant, en quelque formule imparable. Des interviews de l'acteur et de Ruggero Deodato, assistant sur le film avant de réaliser Cannibal Holocaust parmi d'autres, complètent les bonus. Si leurs versions de l'histoire diffèrent sensiblement, elles reflètent une époque où " tout était possible" . De toute façon, comme l'aurait dit John Ford, après tout " print the legend" ...Carlotta édite en parallèle un autre western italien, El Chuncho, incursion de Damiano Damiani dans le genre. L'action a pour cadre le Mexique, dans les années 1910, et suit El Chuncho (Gian Maria Volontè), guérillero ou bandit suivant les circonstances; un homme spécialisé dans les attaques de train afin de voler des armes qu'il revend ensuite à un leader révolutionnaire. Un trafic sans histoire, jusqu'au jour où El Niño (Lou Castel), un gringo énigmatique, vient y mettre son grain de sel... Soit, entre grotesque assumé et lyrisme tragique, une oeuvre emblématique du genre, portée par un souffle révolutionnaire, que ne se font faute de souligner Lou Castel et l'exégète Alex Cox, autrefois réalisateur de Sid and Nancy, en bonus. À (re)découvrir.