"Je suis entrée en cinéphilie dans les années 90, à un moment où il y avait plus de femmes cinéastes qui s'exprimaient. Face à un film comme La vie ne me fait pas peur de Noémie Lvovski, j'accède à cette sensation à la fois de nouveauté, d'image manquante, de réparation donc d'excitation. Le sentiment de regarder quelque chose pour la première fois. D'être regardée, aussi, par le film. J'ai l'impression qu'il y a des films qui nous font gagner du temps, ou qui nous connectent au sentiment qu'on a perdu du temps, intimement ou/et collectivement. Je me pose cette question-là au moment où je fais des films. L'absence de certaines images, au-delà même de qui prend la parole. Quelles images sont fabriquées? Quelle puissance dégagent-elles? Je prends très au sérieux la fonction des images dans nos vies. Pour moi ça a été tellement important que je n'en démords pas."