DISTRIBUÉ PAR UNIVERSAL.
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DISTRIBUÉ PAR UNIVERSAL. Qui est prêt à prendre P Diddy au sérieux? Lui-même ne doit pas être complètement dupe. Pas vraiment rappeur, ni davantage chanteur, Sean Combs (New York, 1969) est une anomalie magnifique, une arnaque sublime qui a réussi à vendre plusieurs millions de disques. Avec des horreurs comme I'll Be Missing You, samplant de manière bien peu finaude le Every Breath You Take de The Police. Cela a d'ailleurs toujours été une des caractéristiques de P Diddy: sa capacité à piquer des samples gros comme l'Empire State Building (le Kashmir de Led Zeppelin, The Message de Grand Master Flash...), gimmicks tout à fait inutiles puisque déjà complètement épuisés à la base. Sa mégalo, comme ses amitiés (avec feu Notorious B.I.G.) et ses liens dans le business, ont fait le reste. Cela faisait pas mal de temps cependant que le bonhomme s'était fait plus discret. Doublé par sa gauche (Kanye West comme nouveau champion de la prise de melon) et par sa droite (les Black Eyed Peas comme nouvelle machine à pondre des hits roublards pour fête foraine), il semblait surtout se concentrer sur sa carrière de jet-setteur et de businessman (restaurant, fringues...). De temps en temps, des communiqués relançaient l'idée d'un nouvel album. Un disque concept, une £uvre marquante, censée sceller la nouvelle alliance entre le hip hop et la dance européenne. Diddy avait même donné un nom à cette musique qui allait bouleverser le visage de la pop: la train music... Problème: tout le monde ou presque est passé depuis par là, des Black Eyed Peas, donc, à Dizzee Rascal (ses hits avec Armand Van Helden ou Calvin Harris). Du coup, plus personne n'attendait vraiment ce Last Train To Paris, maintes fois repoussé. Le voici qui arrive pourtant enfin en gare, un peu par surprise. A son bord, une flopée d'invités, de Grace Jones à Justin Timberlake en passant par Lil Wayne, Usher, et même, paraît-il, Anna Wintour, la rédactrice en chef tyrannique de Vogue. En fait, Diddy lui-même n'apparaît qu'en filigrane, posant l'une ou l'autre phrase avant de prendre la tangente. Ce n'est pas le moindre des paradoxes du bonhomme, gros cou qui cherche la lumière pour finalement préférer un rôle de metteur en scène. L'album est même présenté sous le nom de Diddy Dirty Money. Il désigne Diddy et les 2 chanteuses/compositrices qui l'accompagnent tout le long du disque, Dawn Richards et Kalenna Harper. Musicalement, Last Train To Paris s'éloigne bien du rap stricto sensu, ou même du r'n'b', pour emprunter à la musique électronique ( Hate You Now), parfois proprement européenne (le piano italo-disco de I Hate That You Love Me). On l'a dit, la démarche n'est plus inédite. Mais, étonnamment, Diddy y met une certaine subtilité. Une élégance même, qui rend son parti pris crédible. Supposé raconter une histoire d'amour tourmentée entre Paris et Londres, Last Train To Paris est en effet un disque romantique. Frimeur également (on ne se refait pas). Mais au moins aussi souvent audacieux. Et à vrai dire, venant d'un nouveau riche comme Diddy, on n'en attendait pas tant... l LAURENT HOEBRECHTS