Un début janvier 2020, la radio de la bagnole s'arrête une nouvelle fois sur cette même voix féminine d'après-midi. Caverneuse et prometteuse de beaux jours. Les graves ont le timbre d'un aéroport enfumé et chaque consonne fait le chausse-pied à la prochaine voyelle inévitablement chaude. Le tout vibre comme un cocktail caraïbe turquoise, lascivité façon Conde Nast Traveller, ou alors, évoque une fuite embuée dans la nuit, au coeur de plaisirs sonores. Voire plus si affinités. Depuis ses premiers pas sur la chaîne ertébéenne l'été dernier, Diane Marois, fait (jolie) impression. Née en France en septembre 1974, la Belgo-Française à chapeau -sa carte d'identité visuelle- secoue les genres et dribble les styles en faisant du mash-up convivial. Dans le contexte d'une radio-TV publique désormais transversale où l'on parle de "pôles" et de publics-cibles, Diane Marois occupe un espace apparemment libéré des segments d'auditoire planifiés. Sa tranche de 14h30 à 16 heures, du lundi au vendredi, c'est un peu l'auberge espagnole qu'elle-même programme. Avec 21 morceaux par jour sur une thématique, par exemple, Pop française, L'homme est le s...

Un début janvier 2020, la radio de la bagnole s'arrête une nouvelle fois sur cette même voix féminine d'après-midi. Caverneuse et prometteuse de beaux jours. Les graves ont le timbre d'un aéroport enfumé et chaque consonne fait le chausse-pied à la prochaine voyelle inévitablement chaude. Le tout vibre comme un cocktail caraïbe turquoise, lascivité façon Conde Nast Traveller, ou alors, évoque une fuite embuée dans la nuit, au coeur de plaisirs sonores. Voire plus si affinités. Depuis ses premiers pas sur la chaîne ertébéenne l'été dernier, Diane Marois, fait (jolie) impression. Née en France en septembre 1974, la Belgo-Française à chapeau -sa carte d'identité visuelle- secoue les genres et dribble les styles en faisant du mash-up convivial. Dans le contexte d'une radio-TV publique désormais transversale où l'on parle de "pôles" et de publics-cibles, Diane Marois occupe un espace apparemment libéré des segments d'auditoire planifiés. Sa tranche de 14h30 à 16 heures, du lundi au vendredi, c'est un peu l'auberge espagnole qu'elle-même programme. Avec 21 morceaux par jour sur une thématique, par exemple, Pop française, L'homme est le seul animal à jouer de la musique (sic), Parlons de femmes, Voitures en musique ou Métro parisien. Les jeudis et vendredis étant centrés sur les classiques, nouveautés et playlists du weekend. Un coup, cela donne l'enchaînement Oxmo Puccino-Témé Tan-Blue Lagoon-Eric Clapton, une autre fois, voilà Fat Boy Slim enchaîné à Téléphone, Marc Dorsey précédant Diane Tell. Logiquement, les prévisionnistes crieraient " Au bûcher!" devant ce grand bazar un rien hérétique, mais l'éclectisme fonctionne aussi par sa douceur ondulante. Le mid-tempo, éventuellement boosté d'accélérations funky, ayant la vocation de répandre une sorte de massage radio. Un rien bobo. La voix, toujours elle, n'hésitant pas à brièvement contextualiser les chansons proposées, avec le genre de commentaire maroisien où il est question de " l'électro ayant désormais conscience des défis de l'environnement". Dame Marois serait donc à la fois engagée et dégagée. Dans l'appartement ixellois de Diane, on coche assez vite deux symboles exposés: une photo noir et blanc de Prince et la statue d'un bouddha. Conformément à nos intuitions, la quadra se montre légèrement stressée à l'idée d'être portraiturée . Diane est l'une des rares figures ertébéennes à travailler avec une agence de presse extérieure au service public. Stress naturel ou conscience que son nouveau pari radiophonique est d'envergure? La réussite du Feel de Diane -le titre ne vient pas d'elle- tient de toute façon au goût profond voire intégral, de la présentatrice/journaliste pour les musiques. Clopant modérément pendant l'interview, la brune pose un parcours dont on retient les principales étapes: enfance près de Versailles, retour en Belgique à l'âge de huit ans lorsque le père français et la mère belge se séparent, et puis allers-retours entre les deux pays consanguins. Lycée Jacqmain bruxellois, deux candis à l'ULB en sciences politiques puis Sorbonne parisienne. " Anne Sinclair était mon idole, ferme et élégante, je voulais être journaliste et puis j'ai fait des piges culture et société, au Nouvel Obs, à L'Écho des Savanes". Diane se retrouve éditorialiste à Paris dans une boîte de pub et suit la piste des MTV Awards aux États-Unis. Début 2000, elle rencontre le patron de Trace Magazine et s'excite donc sur toute la scène hip-hop qui se retrouve dans la chaîne Trace TV ultérieurement rachetée par Lagardère. Vivant un moment à New York. " Je suis partie de Trace parce qu'il n'y avait plus de sous. C'était aussi ma période de grosse sorteuse -je l'ai été pendant très longtemps- même si sorteuse n'est pas le mot exact. J'ai vécu le golden age du rap dont j'ai adoré l'énergie qui te porte et puis c'est aussi une musique à texte, surtout à l'époque. Sans le hip-hop, je n'aurais pas fréquenté des mecs de banlieue, je n'aurais pas connu leurs problèmes, leur langage. Mais là, si je ne me sens pas du tout connectée à la génération française ou autre gangsta, j'ai l'impression que la nouvelle vague franco-belge renoue avec la poésie. Beaucoup de textes parlent de femmes avec beaucoup de respect."Si Le feel de Diane dépasse le simple pousse-disque, pas besoin d'être un génie pour comprendre que le choix des morceaux comme les infos les concernant, passent par la bio extralarge de Miss Marois. Télé new-yorkaise donc, articles frenchies, participations comme chroniqueuse à l'excellente radio RFI et puis cette rencontre avec le petit-fils de Nelson Mandela. "C'était lors du Dakar Music Festival. J'ai interviewé Ndaba Mandela et on s'est super bien entendu, collaborant je l'espère à des projets futurs. La raison intrinsèque pour laquelle j'ai tant été marquée par Nelson Mandela, c'est l'empowerment, le fait de prendre son destin en main." Ce que Diane accomplit visiblement. Réalisant en 2013 une série documentaire -deux épisodes à ce jour- passée sur le Web puis sur le câble, Les Chroniques d'Orphée. Avec la volonté de faire des " sujets de niche par genre musical, depuis l'avènement d'Internet". " Que peut-on en tirer pour le futur, que ce soit au sens du message, de la mode, de la mutation économique, de la vision? N'oublions pas que l'industrie de la musique a été la première à se réincarner en matière de business model. Cette série doc visible sur YouTube est mon bébé, celui qui me définit vraiment. C'est le moment où je suis née professionnellement." Pour savoir qui est la "Big Voix cassée" on peut commencer par ce " point de vue subjectif écrit comme un carnet de voyage" et puis filer cinq jours par semaine sur La Première. Une conclusion? " La musique est le plus court chemin entre nous-mêmes."