"SEARCHING FOR THE YOUNG SOUL REBELS"

DISTRIBUÉ PAR EMI.
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DISTRIBUÉ PAR EMI. C'est pratique, un tube. Pas besoin de faire les présentations pendant des heures. Les Dexys Midnight Runners, pour beaucoup, et ce jusqu'à la fin des temps, c'est Come On Eileen, tube-toupie qui a emballé plus d'une soirée de mariage. L'info du jour, c'est qu'il y a évidemment davantage à creuser. La réédition de Searching For The Young Soul Rebels est là pour le rappeler. On est en 1980. L'Angleterre a terminé la décennie précédente dans les cordes. Bien décidée à en sortir, Margaret Thatcher, désignée Premier ministre quelques mois plus tôt, a choisi la manière forte. Pour leur premier album, les Dexys Midnight Runners cherchent eux la petite bête: en guise de pochette, la photo d'un gamin irlandais, chassé de chez lui, comme le seront des centaines d'autres familles catholiques, lors des émeutes protestantes de 1969, à Belfast. Politiques, les Dexys (Kevin Rowland, leader du groupe, a des racines irlandaises)? Certainement, mais peut-être davantage dans leur attitude que dans leurs slogans. A l'époque, le punk s'est déjà épuisé dans de vaines éructations. Du coup, Rowland et son camarade Kevin Archer se demandent: où encore trouver la même authenticité, le même élan? Dans la soul, évidemment. Les "dexys" désignent ainsi les pilules de dexedrine, une amphétamine très populaire parmi les fans de Northern Soul... C'est cette histoire que raconte Searching For The Young Soul Rebels. A coup de cuivres pétaradants et d'orgue Hammond lancinant, l'album met le rock made in UK sur la route de Stax et de Muscle Shoals. Les Dexys le font à leur manière, en bons lads de Birmingham, reprenant notamment Seven Days Too Long de Chuck Wood (ou encore Soul Finger et Respect, sur le 2e CD d'inédits qui accompagne la réédition). Des working class heroes qui voleront leurs propres bandes pour réclamer une plus grande part de royalties à leur maison de disque. Poursuivis par la police, ils planqueront leur butin chez les parents de Rowland. En finissant par obtenir un meilleur contrat... Les Dexys sont alors autant un band qu'un gang. C'est d'ailleurs aussi ce qui rend Searching... si jouissif à écouter. Trente ans plus tard, cette pose frondeuse transpire toujours des chansons ( Burn It Down, le tube Geno...). En fait, la démarche se rapproche de celle que peuvent avoir au même moment les Specials avec le ska, ou encore The Clash avec le reggae (les Dexys sont poussés par le même manager, Bernie Rhodes). Sauf que là où les premiers la jouent canaille, et les seconds maquisards, les Dexys sont plus vicieux. Cela tient beaucoup à la personnalité de Kevin Rowland. A sa voix surtout, diva étranglée, qui ne se refuse aucun maniérisme. Un chant soul névrosé, entre dégaine railleuse et dégoût de soi ( Tell Me When My Light Turns Green). Les états d'âme de Rowland feront d'ailleurs que le groupe changera en permanence de personnel. Il pondra néanmoins encore 2 autres disques, également remarquables, mais qui ne changeront pas la valeur de Searching... Celle d'un disque qui compense ses imperfections en assumant à fond son statut de premier album, avec tout ce que cela peut charrier de défiance et d'impétuosité. LAURENT HOEBRECHTS