Tout entière dédiée aux grandes réalisatrices qui ont marqué de leur empreinte l'Histoire du cinéma, la collection Les Soeurs Lumière des indispensables éditions Elephant s'ouvre très logiquement aujourd'hui avec le DVD de Be Natural, documentaire que l'Américaine Pamela B. Green consacrait récemment à l'immense Alice Guy, pionnière oubliée -ou plutôt effacée des mémoires- en voie de réhabilitation. Pionnière, cette dernière l'est à plus d'un titre. Présente en tant que jeune secrétaire de Léon Gaumont à la première projection privée organisée par les frères Lumière en 1895, elle se fendra dans la foulée,...

Tout entière dédiée aux grandes réalisatrices qui ont marqué de leur empreinte l'Histoire du cinéma, la collection Les Soeurs Lumière des indispensables éditions Elephant s'ouvre très logiquement aujourd'hui avec le DVD de Be Natural, documentaire que l'Américaine Pamela B. Green consacrait récemment à l'immense Alice Guy, pionnière oubliée -ou plutôt effacée des mémoires- en voie de réhabilitation. Pionnière, cette dernière l'est à plus d'un titre. Présente en tant que jeune secrétaire de Léon Gaumont à la première projection privée organisée par les frères Lumière en 1895, elle se fendra dans la foulée, en France d'abord puis aux États-Unis, de plus d'un millier de courts films en une vingtaine d'années. Première femme à passer derrière la caméra, elle anticipe le devenir narratif du cinéma, s'intéresse aux luttes sociales et à des problématiques genrées, signe le premier film sur l'avortement et le premier casting noir de l'Histoire du 7e art. Présenté sous la forme un peu racoleuse d'une enquête et narré par Jodie Foster, le documentaire de Pamela B. Green épate avant tout par la densité et la précision des informations qu'il propose. Fruit d'un travail de recherche de longue haleine, il dénonce l'écoeurante entreprise d'invisibilisation dont Alice Guy a indubitablement fait les frais au fil du temps. Proposés en combos DVD/Blu-ray riches en suppléments, le deuxième et le troisième titre de cette collection naissante concernent Dorothy Arzner, figure elle aussi injustement oubliée. Considérée par beaucoup comme la seule véritable réalisatrice de l'âge d'or hollywoodien, celle-ci commence à réaliser des films dès les années 20 et négocie habilement le passage au parlant. Première femme à revendiquer ouvertement son homosexualité à Hollywood, elle fait tourner une Katharine Hepburn en pantalon, convoque des personnages féminins forts, complexes et exerçant leur libre arbitre loin des stéréotypes dans des films qui questionnent en sous-main le patriarcat. Réalisés en 1931 et 1932, Honor Among Lovers et Merrily We Go to Hell sont deux longs métrages pré-code Hays qui mettent en scène très librement les pièges et tourments du mariage. Arzner y privilégie une longueur de plans au sein desquels se déploie pleinement toute l'intelligence des dialogues, tandis que les éléments de comédie sophistiquée qui y germent tendent progressivement vers le drame, voire la tragédie pure. Si Honor Among Lovers impressionne par sa modernité, Merrily We Go to Hell, lui, touche carrément au coeur. Douloureuse descente aux enfers qui ne masque rien, notamment, des vicissitudes de l'alcool et des errances morales, le film va même jusqu'à trouver dans son éprouvant final les accents d'un déchirant mélodrame.