Enseignes lumineuses, tatouages, vies de criminels ou de saintes, Michel Foucault, Mai 68, l'année 1980 ou le sida: le travail d'historien et d'écrivain de Philippe Artières ressemble à un enfant dans un magasin de bonbons -il bondit en tous sens. Derrière la profusion des livres et des sujets,...

Enseignes lumineuses, tatouages, vies de criminels ou de saintes, Michel Foucault, Mai 68, l'année 1980 ou le sida: le travail d'historien et d'écrivain de Philippe Artières ressemble à un enfant dans un magasin de bonbons -il bondit en tous sens. Derrière la profusion des livres et des sujets, pourtant, se déploie un regard puissant sur la fabrique de la contemporanéité et le magasin d'archives que celle-ci a produit -un regard attentif aux miettes, aux restes, aux oubliés, aux relégués. Un regard, surtout, qui trouve dans la grâce des documents venus du passé les ressources d'une poétique qui n'a pas besoin de l'intervention d'une interprète pour dire ce qu'elle a à dire. Des routes le prouve une fois de plus: traversée aussi personnelle qu'érudite à travers l'univers des directives, des manuels, des textes d'ingénieurs et des souvenirs de voyage consacrés à l'invention de la route moderne, il raconte à la fois une hantise (celle de l'accident routier) et une histoire (celle du voyage automobile en France). Artières lui-même n'y parle presque jamais -mais sa voix s'entend partout dans le collage de textes qu'il propose. Comme s'il s'agissait pour l'historien de se satisfaire du rôle de fantôme errant dans une bibliothèque désertée, ou comme si le rôle d'un auteur pouvait -voire même devait- se limiter à celui de recycleur de la prose anonyme du temps. L'exercice est aussi sensible qu'interpellant.