La vie des clandestins sans papiers, l'enfermement dans les centres de rétention, sont les sujets prenants du deuxième long métrage d'Olivier Masset-Depasse. Le jeune cinéaste belge qu'avait révélé le passionnel et brûlant Cages n'oubliera jamais les longues minutes d'ovation succédant à la projection d' Illégal ( lire la critique page 31) au Festival de Cannes (1). Primé sur la Croisette, ce film au réalisme déchirant et superbement joué par Anne Coesens s'attache aux pas d'une immigrée clandestine russe, interceptée par la police belge et enfermée dans un centre de...

La vie des clandestins sans papiers, l'enfermement dans les centres de rétention, sont les sujets prenants du deuxième long métrage d'Olivier Masset-Depasse. Le jeune cinéaste belge qu'avait révélé le passionnel et brûlant Cages n'oubliera jamais les longues minutes d'ovation succédant à la projection d' Illégal ( lire la critique page 31) au Festival de Cannes (1). Primé sur la Croisette, ce film au réalisme déchirant et superbement joué par Anne Coesens s'attache aux pas d'une immigrée clandestine russe, interceptée par la police belge et enfermée dans un centre de rétention, tandis que son jeune fils est livré à lui-même, au-dehors. Un sujet fort, ancré dans la réalité sociale la plus contemporaine. Mais, même très documenté, un film de fiction qui se revendique comme tel. " Tout est parti d'une réaction, et d'une obsession de vouloir savoir ce qui se passe derrière ces murs. Mais après avoir effectué toutes les recherches possibles, durant toute une année, c'est bien le chemin de la fiction qu'il fallait prendre. Parce qu'elle permet plus de subjectivité, et de se glisser plus facilement dans la peau d'un personnage. C'est aussi pour favoriser cette identification que j'ai décidé de ne pas mettre de barrière raciale, et de mettre en scène une émigrée russe, blanche, qui plus est jouée par une actrice belge. Je voulais que le spectateur belge puisse se dire: "cette femme, c'est moi" ... " Ajoutant de l'émotion " pour rendre plus profonde la prise de conscience", Masset-Depasse ne renie pas l'exemple de Ken Loach dans cette approche personnelle du réel, ne masquant rien de l'âpreté ni parfois de la brutalité des faits. " Il fallait filmer au plus juste, au plus sec, ne pas faire un film racoleur mais pas non plus un film gauchiste, simplificateur", poursuit le cinéaste. " Je ne voulais pas que l'on plaigne Tania, qu'on se dise "oh la pauvre!" , mais que l'on soit pris par son combat de mère, même lorsqu'elle se trompe, car les héros sont plus intéressants quand ils ne sont pas parfaits", dit encore Olivier Masset-Depasse, qui a voulu montrer " comment un individu peut être progressivement broyé par le système, mais trouve encore la force de lutter. " Illégal est un film " humaniste", clame le jeune réalisateur qui ne veut pas verser dans le nihilisme, " même si l'espoir n'empêche pas le cycle de la douleur de pouvoir recommencer à tout instant. " Face à une réalité bien sombre (" tous les faits évoqués dans le film se sont passés plusieurs fois"), il s'agit de refuser l'indifférence ou au mieux le sentiment d'impuissance qui habite beaucoup d'entre nous. " Je m'inscris dans la tradition de Costa-Gavras (sans avoir son talent), conclut celui dont le film représentera la Belgique aux Oscars. Illégal se veut comme une alerte, un rappel à nos idéaux dont nous sommes aujourd'hui bien éloignés: c'est avec l'argent du contribuable que l'on construit ces centres fermés, même si une majorité d'entre nous y est au fond -j'en suis sûr- opposée... On ne pourra plus dire qu'on ne savait pas! " l (1) Dans le cadre de la prestigieuse Quinzaine des Réalisateurs. Texte Louis Danvers