La lune, c'est très surfait. Le silence, par exemple, faut oublier parce que dans la grosse bulle du casque, les types au sol ne vous lâchent pas une seconde, ça ressasse sans fin, ça grésille, ça hachure et en plus il faut soi-même ressasser pour les rassurer. La mer de la Tranquillité, c'est pas une mer et c'est vraiment pas tranquille! Quant à l'intimité, personne n'avait jamais été aussi regardé de toute l'Histoire de l'humanité. Et je ne parle pas de l'exposition médiatique (avant même celle aux radiations). À notre retour, on a reçu bien plus que nos poids en confettis, bien plus que la vingtaine de kilos de minéraux lunaires ramenés sur terre. C'est nettement plus calme ici, dans l'Arkansas. Bon, je ne regrette pas d'avoir participé à cette mission, c'était quand même quelque chose, mais aujourd'hui, le mot Apollo a pris un côté vintage pour ne pas dire vieillot. Il n'y a qu'à regarder cette photo où une famille américaine admire le premier pas de Neil sur la lune, ceux de Michaël et pas du tout les miens parce que je suis le type resté à bord. Quand elle m'a quitté, deux ans après mon retour, Eileen m'a carrément traité de loser devant nos avocats respectifs! Selon elle, les deux autres épouses, celles des marcheurs, la regardaient de haut à chacune des innombrables réceptions qui fêtèrent le succès de la mission. Leurs maris avaient foulé le sol lunaire, elles pouvaient toucher, masser, grattouiller ces pieds historiques, moi j'étais resté encapsulé, planqué dans les coulisses. À ses yeux, j'étais une sorte de garçon d'ascenseur, de mécano, à se demander pourquoi on m'avait donné un scaphandre identique à celui des autres, blanc, plutôt qu'un couleur bleu de chauffe. De son point de vue, à...