Depuis sa première publication en 1945, deux ans avant 1984, ce grand classique de la fable animalière qu'est La Ferme des animaux de George Orwell a été adapté à toutes les sauces, du livre pour enfant au film d'animation en passant par de nombreuses bandes dessinées. Mais jamais, à notre connaissance, ce conte n'avait été réinventé pour mieux coller à son temps. Car La Ferme des animaux n'a qu'un défaut, à lire Xavier Dorison dans la préface de son Château des animaux: " George Orwell a donc vu juste, mais il n'a pas tout vu". Mort ...

Depuis sa première publication en 1945, deux ans avant 1984, ce grand classique de la fable animalière qu'est La Ferme des animaux de George Orwell a été adapté à toutes les sauces, du livre pour enfant au film d'animation en passant par de nombreuses bandes dessinées. Mais jamais, à notre connaissance, ce conte n'avait été réinventé pour mieux coller à son temps. Car La Ferme des animaux n'a qu'un défaut, à lire Xavier Dorison dans la préface de son Château des animaux: " George Orwell a donc vu juste, mais il n'a pas tout vu". Mort en 1950, le romancier a dépeint comme personne, dans sa satire, " le processus de confiscation des idéaux démocratiques par des dictatures sanguinaires", mais n'a pas connu les mouvements de résistance pacifique qui ont marqué, selon le scénariste, l'autre moitié du siècle, à travers des figures comme Martin Luther King ou Nelson Mandela. Il était donc temps de réinventer La Ferme en y distillant un nouveau discours, cette fois directement inspiré de... Gandhi. Exit le cochon Napoléon qui représentait un peu trop Staline: la ferme est devenue un château, sur lequel règne d'un sabot de fer Silvio le taureau. Et contre lequel vont se lever, sans violence, Miss Bengalore la petite chatte, César le lapin gigolo et Azélar le vieux rat qui prône la résistance et la désobéissance par le rire et les représentations théâtrales mettant en scène " un fakir va-nu-pieds".... On ne sait si Orwell s'en retourne dans sa tombe ou adouberait ces libertés prises sur son oeuvre, mais on est à peu près persuadé qu'il aurait adoré sa mise en images par un certain Félix Delep, dont c'est ici le premier album. Et là aussi, c'est difficile à croire. D'emblée, ce Château des animaux séduit par sa force narrative et graphique; mieux, il permet de se plonger yeux les premiers dans ce conte cruel en oubliant presque sa référence indépassable! Dessinateur animalier tout à fait remarquable, nourri de références graphiques à trouver dans l'animation et le cartoon plus que dans la BD, le jeune Félix Delep, né en 1993, impressionne par la vie et les expressions qu'il insuffle à ses personnages: on retient son souffle devant l'exécution d'une poule, on a le coeur serré face à l'assassinat d'une oie et on tremble avec la chatte pour le sort de ses petits. Et surtout, on se passionne immédiatement pour ce récit animalier qui met un peu de V pour Vendetta dans sa ferme et sa basse-cour de l'entre-deux-guerres, sans plus trop se demander ce que Gandhi vient foutre là. Une prouesse qui en fait une des bonnes surprises de l'année, prévue en quatre parties.