" Ce programme contient des scènes ou des images qui peuvent heurter la sensibilité de certains spectateurs." L'avertissement prend ici tout son sens... En 1974, Thierry Zéno (1950-2017), réalisateur et plasticien namurois formé à l'IAD, signe en effet avec Vase de noces ce qui restera sans doute comme le plus gros scandale jamais suscité par un film belge. Présenté à la Semaine de la Critique cannoise, cet objet sulfureux, et radicalement expérimental, s'attaque aussi bien au tabou de la zoophilie qu'à celui de la coprophagie dans une atmosphère de folie et de dépr...

" Ce programme contient des scènes ou des images qui peuvent heurter la sensibilité de certains spectateurs." L'avertissement prend ici tout son sens... En 1974, Thierry Zéno (1950-2017), réalisateur et plasticien namurois formé à l'IAD, signe en effet avec Vase de noces ce qui restera sans doute comme le plus gros scandale jamais suscité par un film belge. Présenté à la Semaine de la Critique cannoise, cet objet sulfureux, et radicalement expérimental, s'attaque aussi bien au tabou de la zoophilie qu'à celui de la coprophagie dans une atmosphère de folie et de dépravation. Un homme solitaire, évoluant en marge de tout dans une ferme abandonnée, y vit une histoire d'amour avec une truie, à laquelle il témoigne son affection avec beaucoup d'intensité dans la fange crapoteuse qui les lie. De leur union contre-nature naissent trois petits porcelets, mais, entre biberons et tricots, la sainte famille n'aura qu'un temps. La mort rôde, en effet, et chacun ne sera bientôt plus qu'infâme pourriture... Dans un noir et blanc terreux et austère, Zéno et son protagoniste illuminé, interprété par le complice Dominique Garny, testent les limites du spectateur hors de toutes formes de conventions. Forcément non-dialogué, fort d'une bande-son alternant sons subjectifs et/ou amplifiés, musique sacrée et bizarreries abruptes, le film cherche (et trouve plus qu'à son tour) le malaise, l'inconfort, voire même une certaine forme de sidération. Mais ce choc inouï et douloureux, presque pasolinien, n'est pas un phénomène isolé dans la filmographie de Thierry Zéno. Ce que la Cinematek ne se fait d'ailleurs faute de rappeler dans l'indispensable coffret double DVD qu'elle consacre aujourd'hui à l'oeuvre du cinéaste belge. Augmenté d'un livret détaillé et précis croisant mise en contexte et dimension analytique, Vase de noces s'y accompagne en effet d'une paire de documentaires flirtant eux aussi avec l'idée de choc cinématographique et d'amour radical des marges. Dans Des morts (1979), le réalisateur nous emmène sur trois continents et dans six pays afin de se pencher en observateur neutre sur la question de la diversité des rites funéraires. Il y regarde la mort en face dans un geste quasiment ethnographique, et en tout cas anti-spectaculaire au possible. Dans Bouche sans fond ouverte sur les horizons (1971), enfin, Zéno filme et donne la parole à Georges Moinet, artiste schizophrène résidant dans un hôpital psychiatrique. À travers les peintures et les mots, qu'il capte dans un refus net de tout didactisme, ce moyen métrage offre une fulgurante plongée au coeur même des circonvolutions poétiques et cartésiennes d'un cerveau humain -malade peut-être, bouillonnant certainement. Fascinant.