Avec son goût pour ce qui scintille et s'expose en grand, on n'est pas certain que l'époque mérite le travail de Gudny Rosa Ingimars- dottir (1969, Reykjavik). Pire, il y a tout à croire que ces temps ingrats dopés à l'instantanéité passeront à côté, le menton relevé, comme si de rien n'était. On n'a d'ailleurs aucun mal à imaginer cet archétypal visiteur, dont le temps est compté, entrer et ressortir de Some Things... en se demandant ce qu'il y avait à voir là. Qu'y voir en effet? Some Things... ne fait pas mystère de son programme d'humilité plastique, d'oeuvre minuscule hantée par l'inframince, le "presque-rien" selon le mot de Vladimir Jankélév...

Avec son goût pour ce qui scintille et s'expose en grand, on n'est pas certain que l'époque mérite le travail de Gudny Rosa Ingimars- dottir (1969, Reykjavik). Pire, il y a tout à croire que ces temps ingrats dopés à l'instantanéité passeront à côté, le menton relevé, comme si de rien n'était. On n'a d'ailleurs aucun mal à imaginer cet archétypal visiteur, dont le temps est compté, entrer et ressortir de Some Things... en se demandant ce qu'il y avait à voir là. Qu'y voir en effet? Some Things... ne fait pas mystère de son programme d'humilité plastique, d'oeuvre minuscule hantée par l'inframince, le "presque-rien" selon le mot de Vladimir Jankélévitch. De fait, ce sont juste des "choses" qui sont ici à envisager dans la durée (appelez-les "oeuvres" si ça vous chante, semble nous suggérer le titre), celles-là même que la sensibilité de cette plasticienne d'origine islandaise devenue Bruxelloise d'adoption a choisi d'isoler dans le papier, son matériau de prédilection. À l'origine de son art, il y a un geste ou plutôt l'absence d'un geste, celui de ne rien jeter, jamais. Qu'il s'agisse de petits éclats d'encre solidifiée ou de découpes de papier ténues s'enroulant autour d'elles-mêmes, l'intéressée considère son oeuvre comme un tout organique. Ce tout respire par le biais de fragments cousus qu'elle n'a de cesse de réarticuler différemment à chaque nouvelle exposition. Dans ce corpus intimiste, un dessin effectué il y a 20 ans peut réapparaître aujourd'hui sous une forme inédite, gratté et retourné par exemple. C'est une véritable odyssée intérieure, au sein d'une géographie aux frontières mouvantes, qu'effectuent ses créations. La proposition de l'ISELP s'avère mutique. En dehors de cartels strictement descriptifs, on ne trouvera pas la littérature habituelle. C'est que Gudny Rosa refuse l'explication, la justification, ce joug placé sur les épaules de la création afin de mieux en faire passer l'amère pilule. "It is what it is", a-t-on envie d'écrire pour ce travail qui s'offre sans fard. La plasticienne se sert moins de son oeuvre qu'elle ne la sert. " Parfois, je ne suis là que pour constater, souligner un pli, le soumettre à l'attention du regardeur", précise-t-elle. Elle endosse alors le rôle de sismographe, de baromètre qui enregistre les plus petites pressions qui s'exercent sur la matière -à l'instar de l'humidité qui fait se courber le papier ou d'un point de couture qui diffuse une onde au travers d'une surface. " Je ne fais qu'obéir", confesse-t-elle. C'est particulièrement vrai quand elle s'applique à écrire consciencieusement le long de coulées de peinture blanche qui semblent pleurer sur la trame. Il y a aussi cet étrange carillon de verre suspendu au mur et enserré de fils multicolores. Une micro-installation? Absolument. On n'a d'ailleurs aucun mal à en imaginer la céleste musique activée par le plus petit des courants d'air. Ce qui frappe également, c'est le poétique -pour une fois le mot n'est pas usurpé- paysage intime qui est déployé à travers les agencements proposés. Que ceux-ci soient accrochés aux murs ou plus modestement posés à même le sol pour une perspective qui déroute.