L'accrochage s'ouvre sur un cliché magnétique aux contours nus. Une serpillère élimée accrochée à un fil par trois pinces à linge en plastique, sorte d'étendard existentiel ayant perdu ses couleurs. L'arrière-plan, fait de neige, de sapins et d'un ciel pâle, laisse deviner le souffle de la nature. À lui seul, il déroule le propos de Dans mon jardin les fleurs dansent: le temps qui passe, la vie qui éreinte, les ...

L'accrochage s'ouvre sur un cliché magnétique aux contours nus. Une serpillère élimée accrochée à un fil par trois pinces à linge en plastique, sorte d'étendard existentiel ayant perdu ses couleurs. L'arrière-plan, fait de neige, de sapins et d'un ciel pâle, laisse deviner le souffle de la nature. À lui seul, il déroule le propos de Dans mon jardin les fleurs dansent: le temps qui passe, la vie qui éreinte, les labeurs et les jours, mais aussi l'horizon, cette perspective portant à " croire que demain peut être meilleur". C'est une histoire banale et bouleversante, à la fin provisoirement heureuse, que raconte Olivier Cornil. Cornil? Le nom n'est pas inconnu en ce que le photographe fut longtemps " un membre visuel à part entière du groupe Girls in Hawaii" -comme il est mentionné en guise de note liminaire à cette exposition qui bouleverse. Il est ici question d'un récit personnel autour de la figure maternelle, particulièrement remuant à l'heure du cynisme assumé et des cadenas émotionnels posés sur nos vies. Tout cela est d'autant plus précieux qu'il n'est pas anodin de dire l'intime, ni d'aboucher ce registre à l'universel. Cornil le fait magnifiquement en convoquant l'écriture, des photos de famille et même un objet dramatique posé sur un socle vitré -une paire de lunettes dégommée qui risque de faire mettre le genou à terre au visiteur sensible. Le tout se dévore comme un roman, peut-être un Livre de ma mère d'un genre nouveau. Il est ponctué de ces petites phrases qui font et défont une vie, comme " le matin de ta nuit de noces, à ton réveil, tu as pensé que tu avais fait une connerie". On palpe comme jamais ces douleurs dont les échos se passent d'une génération à une autre. Cette séquence très narrative, portée par une scénographie éclatée et ingénieuse, est rythmée par les vues distanciées et pudiques de l'intéressé qui convoquent paysages, intérieurs et portraits pour asseoir une méditation sur le destin et la liberté.