Quand on a appris que Spielberg avait acquis les droits, on s'est dit que Tintin trouvait là un alter ego à la hauteur de son concepteur. Pourtant, Tintin: le Secret de la Licorne a mis 30 années à se concrétiser. Merchandising oblige, un jeu vidéo accompagne la sortie. Quand on sait comment l'héritage d'Hergé est cadenassé par le Britannique Nick Rodwell, patron de la société Moulinsart et actuel mari de la veuve de Hergé, une question vient tout de suite à l'esprit: a-t-il entravé le travail des développeurs du jeu? " Certainement pas, prétend le producteur Drew Quackenbrush. Nos interlocuteurs étaient la Paramount, Spielberg et Peter Jackson. Ces derniers sont des amateurs de jeux et même (dans le...

Quand on a appris que Spielberg avait acquis les droits, on s'est dit que Tintin trouvait là un alter ego à la hauteur de son concepteur. Pourtant, Tintin: le Secret de la Licorne a mis 30 années à se concrétiser. Merchandising oblige, un jeu vidéo accompagne la sortie. Quand on sait comment l'héritage d'Hergé est cadenassé par le Britannique Nick Rodwell, patron de la société Moulinsart et actuel mari de la veuve de Hergé, une question vient tout de suite à l'esprit: a-t-il entravé le travail des développeurs du jeu? " Certainement pas, prétend le producteur Drew Quackenbrush. Nos interlocuteurs étaient la Paramount, Spielberg et Peter Jackson. Ces derniers sont des amateurs de jeux et même (dans le cas de Spielberg) des concepteurs. Ils ont compris que, chez nous, c'est autour du gameplay qu'il fallait axer le développement. Nous les rencontrions tous les 3 mois pour faire le topo sur les directions qu'il fallait prendre en fonction du film qui se tournait en même temps. Nous n'avons rencontré Rodwell que 2 fois et n'avons jamais reçu d'injonction de sa part, si ce n'est quelques remarques à propos de la moustache du Capitaine Haddock. En revanche, sa société nous a aidés pour les localisations et les traductions. " Une société française avait déjà programmé un Tintin au Tibet et un Temple du soleil sortis en 1994 et 1996 sur Super Nintendo et qui, eux, reproduisaient le trait, la 2D et même les phylactères des albums. Mais il s'agissait alors d'Infogrammes qui s'était fait une spécialité d'adapter des personnages de BD: Astérix, les Schtroumpfs, Lucky Luke et même Spirou. Cette fois, c'est Ubisoft, un éditeur qui connaît la musique, qui s'y est collé. Il dispose de moult studios de par le monde dont celui de Montpellier d'où sont sortis Rayman, Les Lapins crétins, Beyond Good and Evil et King Kong... Tiens, une adaptation de film aussi. Et de Peter Jackson déjà. " L'expérience King Kong a permis à notre équipe de Montpellier de gérer les délais. Il fallait qu'on soit prêts pour la sortie du film. Nous agissions par étapes et à la fin de chacune nous faisions le point, éliminions ce qui prendrait trop de temps, le traitions autrement ou le remettions à plus tard. Ainsi, certains combats en 3D auraient monopolisé trop de temps. Nous les conservons donc pour le jeu suivant." Dès le début, les Français ont bossé avec l'équipe du film, sous la houlette de Drew Quackenbrush: un travail de titan, mobilisant 80 personnes pendant 3 ans. " Les premiers contacts ont eu lieu en 2008. On a travaillé de suite en symbiose avec l'équipe du film. Car oui, ce Tintin se réclame du film plus que de la bande dessinée. Comme le film n'était pas achevé, nous avons travaillé avec tout le matériel en amont: les prototypes, le scénario, les dessins préparatoires. Nous ne sommes pas partis des fichiers du film car, du fait de leur très haute résolution, ils étaient trop lourds et nous aurions perdu en qualité s'il avait fallu les réduire. Nous avons donc tout redigitalisé, remodélisé de notre côté et affiné en fonction des avancées du tournage. " Le jeu étant nettement plus long que le film, des éléments et des personnages ont été ajoutés. Toujours avec l'aval de la Paramount. "Pour cela, nous nous sommes imprégnés de tous les albums de Tintin. Nous avons donc totalement respecté l'univers de Hergé. " Bref, Tintin: le Secret de la Licorne est un jeu qui, s'il use de mécaniques convenues, n'en demeure pas moins de haute facture. " Comme le film, il s'agit d'une approche moderne de Tintin qui devrait contenter les fans. Cumuler les genres les plus reconnus par le grand public s'imposait: la plate-forme, la poursuite, le combat. Un combat où on assomme mais ne tue jamais. Pas de sang ici (et encore moins de sexe), cela reste un jeu familial. " TEXTE ERIK MACHIELSEN