Au départ, il y a un colloque "Faire corps" organisé par Nicolas Monseu, professeur au département de philosophie de l'Université de Namur. La conférence en question est placée sous la houlette phénoménologique, indépassable dévoilement des apparitions. Vient ensuite l'idée de greffer une exposition autour de cet événement qui entend mettre à jour combien le corps est marqué parce qu'il lit et... combien les mots s'immiscent dans la vie de l'être humain. Ce lien intime entre les mots et cette chose de chair se découvre comme une source intarissable d'inspiration plastique. Puis il y a le hasard, l'imprévu, le non-maîtrisable, le projet est dévoyé de sa...

Au départ, il y a un colloque "Faire corps" organisé par Nicolas Monseu, professeur au département de philosophie de l'Université de Namur. La conférence en question est placée sous la houlette phénoménologique, indépassable dévoilement des apparitions. Vient ensuite l'idée de greffer une exposition autour de cet événement qui entend mettre à jour combien le corps est marqué parce qu'il lit et... combien les mots s'immiscent dans la vie de l'être humain. Ce lien intime entre les mots et cette chose de chair se découvre comme une source intarissable d'inspiration plastique. Puis il y a le hasard, l'imprévu, le non-maîtrisable, le projet est dévoyé de sa formule initiale. À la manière d'un plan b, en trois mois seulement, Philippe Hunt, ancien professeur de philosophie et de littérature à l'ARBA, est sollicité pour réunir autour de lui un casting d'artistes qui lui sont proches. Propulsé commissaire, il se sert du bagage qui est le sien, entre autres " l'archi-écriture" telle que l'a formulée Jacques Derrida, soit selon la formule consacrée " la différence en ce qu'elle a de plus redoutable". Mais le jeu a ses règles, notamment instaurer un dialogue avec une oeuvre d'Alain Volut. Le photographe français expose aux Abattoirs de Bomel une installation, L'Homme-Livre, dans laquelle des livres sont mis à mal. Pour cette conversation à bâtons rompus, Hunt a fait appel à une douzaine d'artistes dont plusieurs ont été ses étudiants: Jean-Philippe Convert (BE), Charlotte Flamand (FR), Werther Gasperini (IT), Aurélie Gravelat (FR), Serge Goldwicht (BE), Florian Kiniques (BE), Daniel Locus (BE), Michel Lorand (BE), Arié Mandelbaum (BE), Kurt Ryslavy (AU), Leen Van Dommelen (BE) et Paul Van Thienen (BE). C'est une littérature de la fulgurance qui est invoquée au fil de l'accrochage. Ainsi de Paul Celan, dont le fameux poème Fugue de mort figure au centre d'un triptyque d'Arié Mandelbaum. Ce dernier signe également deux portraits, l'un d'Ingmar Bergman, l'autre du suicidé de la langue évoqué plus haut, Paul Celan. Daniel Locus, quant à lui, présente deux vidéos dont l'agencement évoque un livre. Le tout pour un parallèle, traversé par des mots, entre un vernissage et des salles du musée d'Ostende. Philippe Hunt n'a pas manqué d'associer l'oeuvre du jeune Florian Kiniques au propos. Logique dans la mesure où les mots sont la matière même de son travail aussi discret que brillant. Kiniques joue avec le langage mais également avec les transcriptions formelles d'un lexique qu'il glane au fil de ses rencontres. À Namur, il propose un dispositif sous la forme d'un boîtier. De prime abord, on le pense ouvert mais en réalité il ne l'est pas, une cloison transparente perpétue l'illusion. À l'intérieur, des mots inscrits sur des bandelettes de papier. Ceux-ci ont été tapés à la machine à écrire, ce qui n'a rien d'innocent lorsque l'on sait que pour Heidegger l'usage d'un tel objet technique implique une coupure de l'écriture. Il reste que le visiteur peut faire tourner la boîte et faire surgir un agencement lexical dont les contours invitent à la réflexion. Et à l'humilité devant cette loterie sémantique.