Titus Kaphar (1976, Kalamazoo, Michigan) a débuté sa carrière à 27 ans. L'art n'est alors pas son ambition, l'homme rêve de devenir rock star. La rencontre avec sa future femme, du genre intello, bouleverse la donne. Pour l'impressionner, il s'inscrit à l'université, option Histoire de l'art. Devant un syllab...

Titus Kaphar (1976, Kalamazoo, Michigan) a débuté sa carrière à 27 ans. L'art n'est alors pas son ambition, l'homme rêve de devenir rock star. La rencontre avec sa future femme, du genre intello, bouleverse la donne. Pour l'impressionner, il s'inscrit à l'université, option Histoire de l'art. Devant un syllabus, un déclic s'opère en lui. Son premier cours de peinture agit comme une révélation. En creux, ce cursus lui fournit également la matière de l'oeuvre qu'il va développer: sur 400 pages d'un syllabus consacré à la création aux États-Unis, seules 14 d'entre elles se proposent d'aborder la place des Noirs au sein de la tradition artistique. Pire, pressé par le temps, le professeur en charge du cours refuse de s'arrêter sur la section, qui mélange confusément artistes et modèles. L'événement est fondateur pour l'intéressé, il débouche sur une obsession: replacer le corps noir à sa juste place, redorer le blason des exclus d'un système où le racisme est structurel. Ainsi de ce portrait de Marcus Bullock, issu d'une série qui témoigne d'une pratique courante de l'administration pénitentiaire américaine, à savoir diffuser les clichés anthropométriques sur Internet. Kaphar l'a peint sur un panneau aux allures pieuses d'icône byzantine et recouvert de goudron ("tar" en anglais, une insulte raciste) en ajustant le niveau de ce matériau au regard de la durée de vie passée en prison par l'individu représenté.