Dans le langage des joueurs de cartes, les "one-eyed jacks" sont les valets de pique et de coeur, les seuls dont la figure se présente de profil, n'offrant qu'un oeil au regard. Par extension, l'expression désigne aussi quelqu'un d'insincère, qui ne montre qu'un aspect de sa personnalité en cachant soigneusement l'autre, le plus sombre... Belle trouvaille que donner ce titre à l'adaptation du roman de Charles Neider The Authentic Death of Hendry Jones, lui-même librement inspiré d'un épisode de la vie du hors-la-loi Billy the Kid. Au départ, Marlon Bra...

Dans le langage des joueurs de cartes, les "one-eyed jacks" sont les valets de pique et de coeur, les seuls dont la figure se présente de profil, n'offrant qu'un oeil au regard. Par extension, l'expression désigne aussi quelqu'un d'insincère, qui ne montre qu'un aspect de sa personnalité en cachant soigneusement l'autre, le plus sombre... Belle trouvaille que donner ce titre à l'adaptation du roman de Charles Neider The Authentic Death of Hendry Jones, lui-même librement inspiré d'un épisode de la vie du hors-la-loi Billy the Kid. Au départ, Marlon Brando devait être seulement l'interprète principal d'un film dont Sam Peckinpah devait écrire le scénario et Stanley Kubrick assurer la mise en scène! Mais la star trentenaire, au sommet de sa popularité, avait acheté les droits du livre via sa société Pennebaker Productions. Et quand les choses tardèrent à se concrétiser, il décida de prendre les choses en main et de réaliser One-Eyed Jacks lui-même. Il le fit en appliquant certains principes acquis à l'Actor's Studio, en tête desquels l'improvisation. Le film achevé dure près de deux heures et demie. Mais Brando avait tourné cinq heures supplémentaires, dont une bonne partie est malheureusement perdue... C'est l'histoire de Rio (joué par Brando) et de son complice en braquage de banques Dad Longworth (Karl Malden). L'action commence à Sonora, au Mexique, par la trahison du second qui abandonne lâchement le premier aux forces de l'ordre qui les poursuivent. Quelques années (de prison) plus tard, Rio retrouvera Dad, devenu... shérif de Monterey, sur la côte californienne. Mais le récit ne se limitera pas à une vengeance qu'on sent venir, bien sûr. One-Eyed Jacks " ne ressemble à aucun autre western, à aucun film du début des années 60", comme l'énonce d'emblée Martin Scorsese dans son introduction. Cette oeuvre à la forme et au ton très personnels revient au premier plan en version idéalement restaurée, dans un coffret contenant un DVD et un Blu-ray (en très haute définition 4K), plus quelques cadeaux appréciables: l'affiche, le dossier promotionnel et les cartes à exposer dans les halls des cinémas, tous en fac-similé soigné. L'image est sublime, grâce au format Vistavision (utilisé pour la dernière fois par la Paramount) qui donne une clarté, une profondeur particulières. De quoi magnifier un western original en diable, dominé par une prestation magnétique de Brando, par un lyrisme et une violence, voire une cruauté, jamais vues encore une petite décennie avant les fulgurances d'un Sergio Leone réinventant le genre en mode italien. Précurseur, intense et moralement complexe, un film à redécouvrir!