Après Merrill Garbus qui questionnait il y a quelques semaines le métissage et la blanchitude de nos sociétés sur le dernier album de Tune-Yards, c'est au tour de Meg Remy de faire rimer pop music avec politique. Du moins avec une certaine vision du monde et des combats de plus en plus urgents à y mener. Un peu comme si se promener et s'installer au Canada aidait les nièces de l'Oncle Sam à régler la mire, à mieux comprendre la vie et leur souvent pas très tendre pays. Garbus a vécu pendant plusieurs années à Montréal. Meg Remy, alias U.S. Girls, qui avait dans le temps envisagé de s'installer en Belg...

Après Merrill Garbus qui questionnait il y a quelques semaines le métissage et la blanchitude de nos sociétés sur le dernier album de Tune-Yards, c'est au tour de Meg Remy de faire rimer pop music avec politique. Du moins avec une certaine vision du monde et des combats de plus en plus urgents à y mener. Un peu comme si se promener et s'installer au Canada aidait les nièces de l'Oncle Sam à régler la mire, à mieux comprendre la vie et leur souvent pas très tendre pays. Garbus a vécu pendant plusieurs années à Montréal. Meg Remy, alias U.S. Girls, qui avait dans le temps envisagé de s'installer en Belgique (elle était à l'époque sur le label gantois K-RAA-K), est expatriée depuis 2010 à Toronto. Descendante des Riot Grrls, fan de Bikini Kill et de Crass, de Terrence Malick et de John Cassavetes, la trentenaire n'a jamais eu sa langue en poche et dit n'avoir vu aucune différence entre grandir sous Bush et Obama. Les textes sont cinglants. Incidental Boogie parle de violence domestique, d'abus sexuel et de déni. M.A.H. évoque sa déception face à la politique américaine et à ses dépenses militaires, Velvet 4 Sale d'une revanche sur un prédateur. Les chansons ici sonnent comme des portraits. Des portraits de femmes confrontées à la violence des autres et de l'existence. U.S. Girls vit en adéquation avec son époque. Et pas que dans les thèmes auxquels elle s'attaque avec beaucoup d'intelligence. Enregistré dans un studio (une première pour l'Américaine plutôt habituée à son petit chez-soi et au garage de ses amis), In a Poem Unlimited est à la fois le disque le plus dur, le plus violent même, et le plus accessible de cette jeune femme jamais vraiment comme les autres. OEuvre collective, ce sixième album inattendu et étourdissant compte à son casting une bonne vingtaine de collaborateurs. Beaucoup sont membres de The Cosmic Range, un gang de Toronto fracassant free jazz, krautrock, dub, afrobeat et Miles Davis électrique... Meg Remy a enregistré sa propre banque de samples avec ces musiciens en studio et n'a pas écrit la moindre chanson toute seule. Deux sont même carrément nées en son absence. Mais le résultat, dans toute sa diversité, est d'une assez bluffante homogénéité. Trip-hop ( Velvet 4 Sale), soul ( Rage of Plastics), disco ( M.A.H.) le tout saupoudré d'éléments glam, free jazz ou encore surf... In a Poem Unlimited joue avec les styles, a le goût de l'imprévisible et le sens de la surprise. Remy glisse un étrange intermède lourd de sens ( Why Do I Lose My Voice When I Have Something to Say) par-ci, un clin d'oeil plus drôle apparemment extirpé d'une course en taxi par-là ( Traviata)... Mais il y a du Blondie, du Abba, du Madonna sur cet album dansant qui chante dans d'étranges pop songs toute la colère des femmes. Un disque féministe et humaniste, pop et aventureux, sérieux et funky dont ne risque de vous immuniser que cette voix haut perchée, "parfois aussi aiguë, dit elle, qu'un sifflet pour chien."